WE I-\ VIE «E VU
, C'est sur le second livre que portent les principaux retranchemens. Le plus considérable des morceaux que nous n'avons pas cru devoir traduire, est une explication historique de la mythologie grecque et latine. Il comprend , dans le deuxième volume de l'édition de Milan (1803), les pages 101- 107, 120-138, U7-136, 139, I6o-171, 179, 182- 185, 216-223, 23S-238, 239-240, 234-268. Nous en avons rejeté l'extrait à la On de la traduction. Pour ne point juger cette partie du système avec ime injuste sévérité , il faut rappeler qu'au temps de Vico , la science mythologique était encore frappée de stérilité par l'opinion ancienne qui ne voyait que des démons dans les dieux du paganisme , ou renfermée dans le système presque aussi infécond de l'apothéose. Vico est un des premiers qui aient considéré des divinités comme autant de symboles d'idées abstraites.
Les autres retranchemens du livre ii, comprennent les pages 7-12, 40-46, 49, 69-71, 90-92, 188- 192, 210, et en grande partie 286-288. Ceux des derniers livres ne portent que sur les pages 78-9, 81-2, 84, 133, 138-140, 143-4.
Vico mentionne , dans la bibliographie qu'on vient de lire , à l'époque de leur publication , tous ses ouvrages importans 1708. De nostri tevtporii studiorum ratione — 1710. De antiquissimâ Italorum scpientiâ ex originihus linguœ latinœ eruendâ ; trad. en italien, 1816, Milan.— 1716. Fita dt
144 APPEnoics
Maresciaflo Anlonio Caraffa. — 1721 . De unojuris tiniversi priiwipio. De constantiâ jurisprudentis . — Enfin les Irois éditions de la Scienza nuova, 1725, 1730, 1744. La première a été réimprimée, en 1817 à Naples, parles soins de M. Salvatore Galotti. La dernière l'aélé, en 1801, à Milan; à Naples, en 1811 et en 1816 , ou 1818? 1821 ? Elle a été traduite en allemand par M. W. E. Weber, Leipsik, 1822. — Pour compléter cette liste nous n'aurons qu'à suivre l'éditeur des Opuscules de Vico. M. Carlantonio de Rosa , marquis de Villa-Rosa , les a recueillis en quatre volumes in-8° (Naples, 1818). Nous avons trouvé quelques omissions dans ce recueil : entre autres celle de quelques notes faites par Vico sur l'Art poétique d'Horace. Ces notes peu remarquables ne portent point de date. Elles ont été publiées récemment. — Les pièces inédites publiées en 1818, par M. Antonio Giordano , se trouvent dans le recueil de M. de Rosa.
Le premier volume du recueil des Opuscules contient plusieurs écrits en prose italienne. Le plus curieux est le mémoire de Vico sur sa vie. L'estimable éditeur, descendant d'un protecteur de Vico, y a joint une addition de l'auteur qu'il a retrouvée dans ses papiers , et a complété la vie de Vico d'après les détails que lui a transmis le fils même du grand homme. Rien de plus touchant que les p.-iges XV et 158-168 de ce volume. Nous en avons donné un extrait. Les autres pièces sont moins
DE l.K VIE DE VICO. 14^
ioiportantes. — 1715. Discours sur les repas somp> tiieux des Romains , prononcé en présence du duc de Medioa-Celi , vice-roi. — Oraison funèbre d' Aime- Marie d'Aspremont , comtesse d'AIthan , mère du vice-roi. Beaucoup d'originalité. Comparaison remarquable entre la guerre de la succession d'Espagne et la seconde guerre punique. — 1727. Oraison funèbre d'Angiola Cimini, marquise de la Petrella. L'argument est très beau : Elle a enseigné par r exemple de sa vie la douceur et r austérité { il soave austero) de la vertu.
Le second volume renferme quelques opuscules et un grand nombre de lettres , en italien. Le principal opuscule est la Réponse à un article du journal littéraire d^ Italie. C'est là qu'il juge Descartes avec l'impartialité que nous avons admirée plus haut. Dans deux lettres que contient aussi ce volume (au père de Vitré, 1726, et à D. Francesco Solla, 1729), il attaque la réforme cartésienne, et l'esprit du 18* siècle, souvent avec humeur, mais toujours d'une manière éloquente. Deux morceaux sur Dante ne sont pas moins curieux. On y trouve l'opinion reproduite depuis par Monti , que l'auteur de la Divine Comédie est plus admirable encore dans le Purgatoire et le Paradis que dans l'Enfer si exclusivement admiré. — 1730. Pourquoi les orateurs réussissent mal dans la poésie. — De la grammaire. — 1720. Remerciment à un défenseur de son système. Dans cette lettre curieuse , Vico explique le
peu de succès de la Science nouvelle. On y trouve le passage suivant : Je suis né dans celle ville , et j'ai eu affaire à bien des gens pour mes besoins. Me connaissant dès ma première jeunesse, ils se rappellent mes faiblesses et mes erreurs. Comme le mal que nous voyons dans les autres nous frappe vivement , et nous reste profondément gravé dans la mémoire, il devient une règle d'après laquelle nous jugeons toujours ce qu'ils peuvent faire ensuite de beau et de bon. D'ailleurs je n'ai ni richesses ni dignité; comment pourrais-je me concilier l'estime de la multitude? etc. — 1723. Lettre dans laquelle il se félicite de n'avoir pas obtenu la chaire de droit, ce qui lui a donné le loisir de composer la Science nouvelle. — Lettre fort belle sur un ouvrage qui traitait de la morale chrétienne, à Mgr. Muiio Gaëla. — Lettre au même , dans laquelle il donne une idée de son livre JJe antiquâ sapientiâ Italorum. « 11 y a quelques années que j'ai travaillé à un système complet de métaphysique. J'essayais d'y démontrer que l'homme est Dieu dans le monde des grandeurs abstraites, et que Dieu est géomètre dans le monde des grandeurs concrètes, c'est-à-dire dans celui de la nature et des corps. En effet , dans la géométrie l'esprit humain part du point , chose qui n'a point de parties , et qui , par conséquent , est infinie ; ce qui faisait dire à Galilée que quand nous sommes réduits au point , il n'y a plus lieu ni à l'augmentation , ni à la diminution, ni à l'égalité... Non-seulement dans les problèmes ; mais aussi dans
les ihéorèmes , connaître et faire , c'est la même chose pour le géomètre comme pour Dieu. »
Les réponses des hommes de lettres auxquels écrit Vico , donnent une haute idée du public philosophique de l'Italie à cette époque. Les principaux sont Muzio Gaëta, archevêque de Bari ; un prédicateur célèbre, Michelangelo , capucin ; Nicolo Concina , de l'ordre des Prêcheurs , professeur de philosophie et de droit naturel, àPadoue, qui enseignait plusieurs parties de la doctrine de Vico ; Tommaso Maria Âlfani , du même ordre , qui assure avoir été comme ressuscité après une longue maladie , par la lecture d'un nouvel ouvrage de Vico ; le duc de Laurenzano , auteur d'un ouvrage sur le bon usage des passions humaines ; enfin l'abbé Antonio Conti , noble vénitien, auteur d'une tragédie de César, et qui était lié avec Leibnitz et Newton. Vico était aussi en correspondance avec le célèbre Gravina , avec Paolo Doria , philosophe cartésien , avec Aulisio, professeur de droit, à Naples, qui savait neuf langues, et qui écrivit sur la médecine, sur l'art mihtaire et sur l'histoire. D'abord ennemi de Vico , Aulisio se réconcilia avec lui après la lecture du discours : De nostri temporis studiorum ratione. Nous n'avons ni les lettres qu'il écrivit à ces trois derniers, ni leurs réponses.
Dans le troisième volume des Opuscules , Vico oflfre une preuve nouvelle que le génie philosophique n'exclut point celui de la poésie. Ainsi sont
dérangées sans cesse les classifications rigoureuses des modernes. Quoi de plus subtil , et en même temps de plus poétique que le génie de Platon? Vico présente aussi , par ce double caractère , une analogie remarquable avec l'auteur de la Divine Comédie.
Mais c'est dans sa prose , c'est dans son grand poème philosophique de la Science nouvelle , que Vico rappelle la profondeur et la sublimité de Dante. Dans ses poésies, proprement dites, il a trop souvent sacriGé au goût de son siècle. Trop souvent son génie a été resserré par l'insignifiance des sujets officiels qu'il traitait. Cependant plusieurs de ces pièces se font remarquer par une grande et noble facture. Voyez particulièrement l'exaltation de Clément XII , le panégyrique de l'électeur de Bavière, Maximilien Emmanuel; la mort d'Angela Cimini ; plusieurs sonnets , pages 7,9, 190 , 19o ; enfin , un épilhalame dans lequel il met plusieurs des idées de la Science nouvelle , dans la bouche de Junon.
Nous ne nous arrêterons que sur les poésies où Vico a exprimé un sentiment personnel. La première est une élégie qu'il composa à l'âge de vingtcinq ans (1693); elle est intitulée : Pensées de mélancolie. A travers les concetti ordinaires aux poètes de cette époque , on y démêle un sentiment ▼rai : « Douces images du bonheur , venez encore » aggraver ma peine! Vie pure et tranquille.
DE LA VIE DE VICo. 1.49
!• plaisirs honnêtes et modérés , gloire et trésors » acquis par le mérite, paix céleste de l'ame, » (et ce qui est plus poignant à mon cœur) » amour dont l'amour est le prix , douce récipro- I» cité d'une foi sincère !.... » Long-temps après, sans doute de 1720 à 1730 , il répond par un sonnet à un ami qui déplorait l'ingratitude de la patrie de Vico. «Ma chère patrie m'a tout refusé!... Je )> la respecte et la révère. Utile et sans récom- » pense , j'ai trouvé déjà dans cette pensée une » noble consolation. Une mère sévère ne caresse 1» point son fils , ne le presse point sur son sein , et » n'en est pas moins honorée... » La pièce suivante, la dernière du recueil de ses poésies , présente une idée analogue à celle du dernier morceau qu'il a écrit en prose ( Voy. la fin du Discours). C'est une réponse au cardinal Filippo Pirelli , qui avait loué la Science nouvelle dans un sonnet. « Le destin s'est » armé contre un misérable, a réuni sqr lui seul tous )• les maux qu'il partage entre les autres hommes , » et a abreuvé son corps et ses sens des plus cruels » poisons. Mais la Providence ne permet pas que 1» l'ame qui est à elle soit abandonnée à un joug » étranger. Elle l'a conduit, par des routes écartées, à découvrir son œuvre admirable du monde social y à pénétrer dans l'abime de sa sagesse les lois éternelles par lesquelles elle gouverne l'humanité. Et grâce à vos louanges , ô noble poète, déjà fameux , déjà antique de son vivant , il vivra aux âges futurs , l'infortuné Vico ! »
1 oO AVPKnDICE
Le qualrième volume renferme ce que Vico a écrit en latin. La vigueur et l'originalité avec lesquelles il écrivait en celte langue , eût fait la gloire d'un savant ordinaire.
1696. Pro auspicatissimo in Hispaniam reditu Francisci Benavidii S. Stephani comitis atqne in regno Neap. Pro rege oratio. — 1697. In funere Catharinœ jéragoniœ Segorhiensium ducis oratio. — 1702. Pro felici in Neapolitanum solium aditu Philippi V , Hispaniarum noviqne orhis monarchœ oratio. — 1708 De nostri temporis studiorutn ratione oratio ad litterarnm studiosam juventutem j habita in R, Neap. Academiâ. — 1738. In Caroli et Mariœ Amaliœ utriusqite Siciliœ regutn nuptiiê oratio. — Oratiuncula pro adsequendâ laureâ in utroque jure. — Carolo Borhonio utriusque Siciliœ Régi R. Neap. Acadetnia, — Carolo Borhonio utriusque Siciliœ Régi epistola.
1729. y ici vindiciœ site notœ in acta eruditorum Lipsiensia menais augusti A, 1727, ubi inter nova litteraria unum extat de ejus libro , cui titulus : Principj d'una scienza nuova d'intorno alla commune natura délie nazioni. Cet article , où l'on reproche à Vico d'avoir approprié son système au goût de r Église romaine , avait été envoyé par un Napolitain. La violence avec laquelle Vico répond à un adversaire obscur , ferait quelquefois sourire , si l'on ne connaissait la position cruelle où se trouvait alors l'auteur. « Lecteur impartial, dit-il en terminant, il • est bon que tu saches que j'ai dicté cet opuscule
ISl
;> au milieu des douleurs d'uae maladie mortelle , ;> et lorsque je courais les chances d'un remède i> cruel qui , chez les vieillards, détermine souvent » l'apoplexie. Il est bon que lu saches que depuis )> vingt ans j'ai fermé tous les livres. aGn de porter >» plus d'originalité dans mes recherches sur le droit :> des gens ; le seul livre oi!i j'ai voulu lire c'est le » sens commun de l'humanité. » Ce qui rend cet opuscule précieux , c'est qu'en plusieurs endroits Vico déclare que le sujet propre de la Science nouvelle , c'est la nature commune aux nations, et que son système du droit des gens n'en est que le principal corollaire.
1708. Oratio cujus argumentum , hostem hosti infensiorem infestioremque quant slultuin sibi esse neminem. Nul n'a d'ennemi plus cruel et plus acharné que l'insensé ne l'est de lui-même.— 1732. De mente heroicâ oratio habita in R. Neap. academiâ. L'héroïsme dont parle Vico est celui d'une grande ame, d'un génie courageux qui ne craint point d'embrasser dans ses éludes l'universalité des connaissances, et qui veut donner à sa nature le plus haut développement qu'elle comporle. Nulle part il I ne s'est plus abandonné à l'enthousiasme qu'inspire i la science considérée dans son ensemble et dans son .harmonie. Cet ouvrage, qui semble porter l'emi! preinte d'une composition très rapide, est surtout I remarquable par la chaleur et la poésie du style. |(Voy. plus bas). L'auteur avait cependant soixantequatre ans.
Ajoutez à celte liste des ouvrages latins de Vico, un grand nombre de belles inscriptions. Voici l'indication des plus considérables : Inscriptions funéraires en l'honneur de D. Joseph Capece et D. Carlo de Sangro , 1707 , faite par ordre du comle de Daun , général des armées impériales dans le royaume de Naples. — Autre en l'honneur de l'empereur Joseph, 1711, faite par ordre du vice-roi, Charles Borromée. — Autre en l'honneur de l'impératrice Eléonore , faite par ordre du cardinal Wolfang de Scratembac , vice-roi.
Nous avons déjà nommé la plupart des auteurs qui ont mentionné Vico. Journal de Trévoux , 1726, septembre; page 1742. — Journal de Leipsig, 1727, août, page 383. — Bibliothèque ancienne et moderne de Leclerc, tome xviii, partie ii, pag. -426. — Damiano Romano. — Duni ? Governo civile. — Cesarolli (sur Homère). — Parini (dans ses cours à Milan). — Joseph de Cesare. Pensées de Vico sur.... 18 ...? — Signorelli. — Romagnosi (de Parme). — L'abbé Talia. Lettres sur la philosophie morale, 1817, Padoue. — Colangelo — Biblioteca analitica, pas- »im. — Joignez-y Herder , dans ses opuscules, et Wolf dans son Musée des sciences de l'antiquité (tome I , page 55o). Ce dernier n'a extrait que là partie de la science nouvelle relative à Homère. — Aucun Anglais, aucun Écossais, que je sache, n'a fait mention de Vico , si ce n'est l'auteur d'une brochure récemment publiée sur l'élat des études en
Allemagne et en Italie. — En France , M. Salfi est le premier qui ail appelé l'altenlion du public sur la Science nouvelle , dans son Eloge de Filangicri , et dans plusieurs numéros de la Revue Encyclopédique, t. H, p. 540; t. VI, p. 364; t. vu , p. 343. — Voy. aussi Mémoins du comte Orloff sur Naples, 1821 , t. IV , p. 439 , et t. V, p. 7.
Vico n'a point laissé d'école ; aucun philosophe italien n'a saisi son esprit dans tout le siècle dernier ; mais un assez grand nombre d'écrivains ont développé quelques-unes de ses idées. Nous donnons ici la liste des principaux.
Genovesi (né en 1712, mort en 1769). N'ayant pu me procurer que deux des nombreux ouvrages de ce disciple illustre de Vico ( les Institutions et la Diceosina) , je donne les titres de tous les livres qu'il a faits , en faveur de ceux qui seraient à même de faire de plus amples recherches. — Leçons d'économie politique et commerciale. — Méditations philosophiques (sur la religion et la morale) , 1758. — Institutions de métaphysique à l'usage des commençans. — Lettre académique (sur l'utilité des sciences, contre le paradoxe de J.-J. Rousseau), 1764. — Logique à l'usage des jeunes gens, 1766 (divisée en cinq parties : emendatrtce , inventrice , giudicatrice , ragionatrice , ordonatrice. On estime le dernier chapitre , Considérations sur les sciences et les arts). — Traité des sciences métaphysiques, 1764 (divisé en cosmologie , théologie, anthropolo-
gie). — Dicéosine, ou science des droits et des devoirs de l'homme, 1767; ouvrage inachevé. C'est surtout dans le troisème volume de la Dicéosine que Genovesi expose des idées analogues à celles de Vico.
Filangieri (né en 1732, mort en 1788). Quoique cet homme célèbre n'ait rien écrit qui se rattache au système de Vico , nous croyons devoir le placer dans cette liste. A l'époque de sa mort prématurée , il méditait deux ouvrages ; le premier eût été intitulé ; Nouvelle science des sciences ; le second ; Histoire civile , universelle et perpétuelle. Il n'est resté qu'un fragment très court du premier , et rien du second. J'ai cherché inutilement ce fragment.
Cuoco (mort en 1822). Voyage de Platon en Italie. Ouvrage très superficiel et qui exagère tous les défauts du Voyage d'Anacharsis. Les hypothèses historiques de Vico ont souvent chez Cuoco un air plus paradoxal encore , parce qu'on n'y voit plus les principes dont elles dérivent. Ce sont à peu près les mêmes idées sur V Histoire éternelle , sur l'Histoire romaine en particulier, sur les douze tables, sur l'âge et la patrie d'Homère , etc. Au moment oij les persécutions égarèrent la raison du malheureux Cuoco , il détruisit un travail fort remarquable , dit-on , sur le système de la Science nouvelle.
L'infortuné Mario Pagano (né en 17o0 , mort en 1800) , est de tous les publicistes celui qui a suivi de plus près les traces de Vico. Mais quel que soit son talent, on peut dire que , dans ses Sagyi poli-
DE LA. VIE DE Vir.O. 16'Ô
tice , les idées de Vico ont autant perdu en originalité que gagné en clarté. 11 ne fait point marcher de front , comme Vico , l'histoire des religions , des gouverneraens , des lois , des moeurs , de la poésie , etc. Le catactère religieux de la Science nouvelle a disparu. Les explications physiologiques qu'il donne à plusieurs phénomènes sociaux , ôtent au système sa grandeur et sa poésie , sans l'appuyer sur une base plus solide. Néanmoins les Essais politiques sont encore le meilleur commentaire de la Science nouvelle. Voici les points principaux dans lesquels il s'en écarte. 1° II pense avec raison que la seconde barbarie, celle du moyen-âge, n'a pas été aussi semblable à la première que Vico parait le croire. 2° Il estime davantage la sagesse orientale. 3° Il ne croit pas que tous les hommes après le déluge soient tombés dans un état de brutalité complète. -4° 11 explique l'origine des mariages, non par un sentiment religieux , mais par la jalousie. Les plus forts auraient enlevé les plus belles , auraient ainsi formé les premières familles et fondé la première noblesse. 5° Il croit qu'à l'origine de la société , les hommes furent, non pas agriculteurs, comme l'ont cru Vico el Rousseau, mais chasseurs et pasteurs.
Chez tous les écrivains que nous venons d'énumérer, les idées de Vico sont plus ou moins modifiées par l'esprit français du dernier siècle. Un philosophe de nos jours me semble mieux mériter le titre de disciple légitime de Vico. C'est M. Cataldo
I5C APPEnnicE
Jannelli, employé à la bibliothèque royale de Naples, qui a publié, en 1817, un ouvrage intitulé : Essai sur la nature et la nécessité de la science des choses et histoires humaines. Nous n'entreprendrons pas de juger ce livre remarquable. Nous observerons seulement que l'auteur ne semble pas tenir assez de compte de la perfectibilité de l'homme. Il compare trop rigoureusement l'humanité à un individu , et croit qu'elle aura sa vieillesse comme sa jeunesse et sa virilité (page 58).
Il ne nous reste qu'à donner la liste des principaux auteurs français , anglais et allemands qui ont écrit sur la philosophie de l'histoire. Lorsque nous n'étions pas sur d'indiquer avec exactitude le titre de l'ouvrage , nous avons rapporté seulement le nom de l'auteur.
France. Bossuet. Discours sur l'histoire universelle, 1681. — Voltaire. Philosophie de l'histoire. Essai sur l'esprit et les mœurs des nations, commencé en 1740, imprimé en 1865. — Turgot, Discours sur les avantages que l'établissement du christianisme a procurés au genre humain. Autre sur les progrès de l'esprit humain. Essais sur la géographie politique. Plan d'histoire universelle. Progrès et décadences alternatives des sciences et des arts. Pensées détachées. Ces divers morceaux sont ce que nous avons de plus original et de plus profond sur la philosophie de l'histoire. L'auteur les a écrits à l'àgc de vingt-cinq ans, lorsqu'il était
DE I.\ Vif DE VIf.O. 157
au séminaire, de 1730 à 17o4. Voy. le second volume des œuvres complètes, 1810. — CondorceL Esquisse d'un tableau historique des progrès de Tespril humain ; écrit en 1793, publié en 1799. ■ — M°" de Staël , passem , et surtout dans son ouvrage sur la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions politiques. — Walckenaër. Essai sur l'histoire de l'espèce humaine.— Cousin. De la philosophie de l'histoire , dans ses Fragmens philosophiques , écrit en 1818, imprimé en 1826. — Michelet. Introduction à l'histoire universelle, etc., 2« édition, 1834.
Angleterre. Ferguson. Essai sur l'histoire de la société civile, 1767; trad. — Millar. Observations sur les distinctions de rang dans la société, 1771. — Kames. Essais sur l'histoire de l'homme, 1773. — Dunbar. Essais sur l'histoire de l'humanité, 1780. — - Price... 1787. — Prieslley. Discours sur l'histoire ; traduits.
AiLEMAGSE. Iselin. Histoire du genre humain , 176-4. — Herder. Idées philosophiques sur l'histoire de l'humanité, 1772 (traduit par Edgard Quinet, 1827). — Kant. Idée de ce que pourrait être une histoire universelle , considérée dans les vues d'un citoyen du monde (traduit par Villiers dans le Conservateur, tome ii, an viii). Autres opuscules du même, sur l'identité de la race humaine, sur le commencement de l'histoire du genre humain , sur la théorie de la pure religion morale , etc. ( traduits dans le même volume du Cou-