‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 16 sur 90 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

lieaucoap au change; Garât n'étoit qu'un pédant, dans lequel je révérois le juge spirituel; le victorin étoit un homme juste, éclairé, qui dirigeoit mes affections pieuses sur tout ce que la morale a de sublime, et qui se plaisoit à développer par la religion le germe des vertus, sans y mêler une mysticité ridicule. Je Paimai comme un père, et durant trois années qu'il a vécu après ma sortie du couvent, je venois de très* loin à Saint-Victor, la veille des grandes fêtes, pour me confesser à lui.

Il Éaut avouer que la religion catholique, très-peu convenable à un jugement sain, éclairé par des connoissances, et soumettant les objets de sa croyance aux régies du raisonnement, est très-propre à captiver l'imagination, qu'elle frappe par le grand et le terrible, en même temps qu'elle occupe (es sens par des cérémonies mystérieuses, alternativement <louces et mélancoliques. L'éternité, toujours présente à l'esprit de ses sectateurs, les appelle à la contemplation; elle les rend sévères appréciateurs du bien et du mal, tandis que <les pratiques journalières , des rites imposans viennent soulager l'attention, la soutenir et présenter des moyens feciles <ie s'avancer toujours vers le but proposé. Les femmes enten- <lent merveilleusement à relever ces pratiques, à accompagner ces cérémonies de tout ce qui peut leur prêter des clllirmes ou de l'éclat, et les religieuses excelloient dans cet art. Une novice prit le voile peu après mon arrivée au couvent. Les fleurs, les lustres brillans, les rideaux de soie, de superbes paremens, décorèrent l'église et l'autel; l'assemblée fut nombreuse ; elle remplissoit la partie extérieure, avec cet air de fête qu'une famille rêvé toit en pareille circonstance comme pour les noces d'un enfant. Triomphante et parée, la jeune victime parut à la grille dans la plus grande pompe, qu'elle dépouilla bientôt pour reparoitre couverte d'un voile blanc et couronnée de roses. J'éprouve encore le tressaillement que me fit ressentir sa voix légèrement tremblante lorsqu'elle chanta mélodieusement le verset d'usage : Elegil, etc. ; C'est ici que f ai choisi ma demeure, et que je V établis pour jamais. Je n'ai point oublié les notes de ce petit morceau, je le répète aussi exactement que si je l'eusse entendu hier,

oC je Toudrois bien pouvoir le chanter en Amérique. Grand Dieu! quel accent fj mettrois aujourd'hui! Mais lorsque, a|)rés avoir prononcé ses vœux, la novice prosternée fut couverte d'un drap mortuaire sous le«|uel on auroil dk qu^elle étoit ensevelie, je (rayonnai de terreur; c'éCoit pour moi rimage de la rupture absolue <ies Uens du monde, du renoncement à tout ce qu'elle avoit de cher; je n'étois phis moi, f étois elle ; je crus qu'on m'arrachoit à ma mère, et je vcmi des torrents de ianiies. Avec cette >ensiLilité qui rend les impressions si profondes et qui fait être frappé «le tant de chose>, lesquelles |>assent comme des ond>res devant le vul(piire, Fexi^tence ne languit jamais; aussi j'ai réfléchi la mienne de bonne heure sans Favoir encx>re trouvée à cliaiige. même au milieu des plus nides épreuves, et n'ayant point atteint quarante ans, j'ai prodigieusement vécu, si V<m conq>te la vie j^ar le sentiment qui marque tons les instans de sa durée.

J'attroi> à retrat^er tro|> de scèi»es semblaliles, si je voulois nqipeier toutes celles que les émotions «Tune tendbe piété ont gra\ves dans mon canir; le charme et Fhabitnde de ces !ien>ation^ devinrent tels pour moi« <pi*ils n'ont pu s'eSacer. La |Jiili>so|%hie a dis>i|)é les illusion> «fune vaine croyance ; mai> eUe n*a point anéanti Feflet de certains ol»jet$ sur tnes sens « et letir rap|KHi avec les idée> ou les dispositions qu'ils a\xMent coutume <)e faire naître. Je |>ui> encore assister avec intérêt à la céléhratitm de FofKce divin quand elle se fait ave\^ gravite; j'ouMie le charlatanisme des prrtres, le ridicule de lenrs hi>tmres ou Fahsurdité de leurs mptcres; je ne v\ùs que la réimion «f honmies foihlc^, implorant le secours d'un t*tre su|HreHie; les mi>eres de Fhumanité, Fespoir consolant d'un imîsaiant rémmiérateur occupent aMi pensée; les inMi;;e» étrangeies >'évanouissent , ksii^ passions se calment, le g«iùt tie roe> de\ oirs >' avive ; si la musique fait partie des céffemonie> . je me trouve trans|>ortée dans un antre monde , rt je mms meilleure du lieu où le peuple indiérile csst venu sans nrAejLaon sahier un morceau de pùn. Il en est de la rel^KW comme de tant d'autres institutions humaines ; elle ne i''hai\;e |HMint Fesprit d'un imlividii; elle s'assimile à sa

Page 1