‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 23 sur 90 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

gënëraux, de fonctionnaires publics et d'individus à caractère qui honoroient l'humanité ; la délation est reçue comme preuve de civisme, et le soin de rechercher ou de détenir les gens de bien ou les personnes riches fiait l'unique fonction d'administrateurs ignares et vils.

Les victimes d'Orléans sont tombées. Charlotte Gorday n'a pas produit le plus léger mouvement dans une ville qui ne méritoit pas qu'elle la délivrât d'un monstre. Brissot ', Gensonné , une foule d'autres députés demeurent sous le décret d'accusation ; les preuves manquent , mais la fureur s'accrott ; et au défaut de raisons pour les condamner, on ménage la volonté du souverain qui demande leur tête, comme une bête féroce qui attend sa proie. Custine a vécu*; Robespierre jouit; Hébert marque les victimes, Chabot les compte, le tribunal se presse, le peuple se prépare pour accélérer et généraliser les exécutions. Cependant la disette se fiait sentir; des lois meurtrières étoulïent l'industrie, arrêtent la circulation , anéantissent le commerce ; les finances se dilapident , la désorganisation est partout, et dans ce renversement absolu de la fortune publique, des hommes sans pudeur fondent leur opulence, mettent à prix toutes leurs actions, et font un tarif pour la mort ou la vie de leurs concitoyens.

Dillon et Castellane sortent, l'un des Madelonnettes, l'autre de Sainte-Pélagie, en payant trente mille livres à Chabot; Sillery fiait marchander sa liberté , qu'il est assez riche pour

^ Des femmes 9 qui s'assemblent en club dans Téglise de Samt-Eustacbe, disoient un jour, en hurlant, qu'il falloit avoir la tète de Brissot, et ne pat soof&ir que les juges apportassent dans son procès les lenteurs qu'ils mettotent dans celui de Custine. Deux mille âmes enrironnaiit le palais le jour du jugement de ce général, fîrémissoient de crainte qu'il n'échappât, et disoient hautement : S'il est blanchi, il faudra en faire comme de Montmorin, et, avec lui, de tous les scélérats qui sont dans les prisons.

(Note de madame il.)

^ Ses biens sont confisqués. Sa belle-fille, jeune et charmante femme, enceinte, qui partageoît ses journées entre son beau-père, traîné au tribanal , et son mari , détenu à la Force , est emprisonnée sitôt après Texécntion du premier. Elle fait une fausse couche; qu'importe à ces tigres? L'accusateur public avoit reçu d'elle deux cent mille livres pour sauver l'innocence : il les rend, mais il fait arrêter celle qui pourroit dénoncer ton infimie. (Note de madame R.)

4S MEMOIRES PARTICCUERS.

acquérir, et deux ceot< bouteSles <le sou excellent TÎn de Champagne sont le >uq>lus du marché auprè» des catins du comité ' . La femme de Roland , rappelée de temps en temps, par les soins du père Ducbéne, à la fureur de la populace, <9 attend le» dernier^ excès dans la même prison d'où une fille entretenue sort trantpiille, après aToir payé sa sûreté et r impunité de son compUce, fabricateur de faux assignats. Henriot, commandant la f^arde nationale, d^abord laquais, eonunis aux barrières , puis massacreur à Saint-Fûrmin , brise de» scellés, Tide des i^ves, enlève des meubles, et n*en montre pa:» moins d'insolence ; chaq;é de faire garder ceux des député» détenus au Luxemliourg, il ose les Toir, les insulter, leur enlever de vive force plumes, livres, papiers, et joindre la menace à Foutrage. La subordination des autorités est une cliimère , qu*il n*est pas permis de rappeler sans encoiuir Facc^usation d" incivisme . et se faire supposer des intentions contre -révolutionnaires. Les députés fugitif ontils enfin quitté cette terre inhospitalière , qui dévore les gens de bien et s* imbibe de leur sang? O mes amis! puisse le ciel fiavorable vous faire aborder aux Etats-Unis, asile unique de la liberté! Mes vœux vous y conduisent, et Jai quelque espérance que vous voguez actuellement vers ces contrées. Mais , hélas ! c^en est fiait pour moi ; je ne vous reverrai plus ; et dans votre éloignement, si vivement désiré pour votre salut , je pleure pourtant notre séparation dernière ! Et toi , vénérable époux, tu t'aigris et t'aflbiblis dans une vieillesse [irématurée, que tu dérobes avec effort à la poursuite des assassins; me sera-t-il donné de te revoir encore, et de porter quelque consolation dans ton àme abreuvée d'amertume?

— Combien de jours me reste-t-il à être témoin de la désolation de mon pays et de Pavilissenient de mes concitovens !

— Environnée de ces tristes images , je n'ai pu me soustraire

' L'argent et le vin ont été donnée et reçus; Sillerr n*y a gapié que la liberté de Tuir et d'entretenir qui lui plaît ; mais il e»t gardé an Lszeaiboarg arec cet adoucissement. Trois ou quatre femmes perdoes, appartenant aux misérables gangrenés des comités de Salut public et de Sâreté générale, forment U société marcbande dans bquelle on stipule les movens pécuniaires <le «alnt de ckaque individu remarquable, (yote de marf— e il.)

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