‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 52 sur 90 · DEUXIEME PARTIE. il · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. il

à des parens prndeos. Qu'il Gommence un cabinet ou achète une charge, qu'il se fasse un état enfin, nous verrons après; il sera temps pour le mariage ensuite j ce seroit une extravagance que de se marier préliminairement.. D'ailleurs resteroit à examiner la personne; mais de bonnes informations seroient bientôt prises; j'aimerois mieux qu'il ne fût pas gentilhomme, et qu'il eût une quarantaine de mille écus. Il est assez bon enfent : nous avons causé longuement ; mes raisons l'ont un peu affligé , mais il les a entendues ; il a fini par me prier de ne point lui fermer ma porte , et il l'a sollicité de si bonne grâce, que j'y ai consenti, pourvu qu'il ne vint pas plus souvent que de coutume. Je lui ai dit que je ne te parlerois de rien; mais comme tu es raisonnable, j'aime à ne te rien cacher. » Quelques questions de ma mère, et de sages réflexions sur tout ce qu'il falloit envisager avant de se prévenir pour personne, me dispensèrent de rien dire, mais non de rêver.

Les calculs de mon père étoient justes, les propositions du jeune homme n' étoient pourtant pas déraisonnables ; je me sentois disposée & le voir et Pétudier avec plus d'intérêt et de curiosité. Les occasions n'en forent pas liréquentes; plusieurs mois s'écoulèrent ; la Blancherie partit pour Orléans , et je ne le revis que deux ans après. Dans cet intervalle, je fus sur le point d'épouser le médecin Gardanne ; une de nos parentes avoit pressé ce mariage. Madame Desportes, née Provençale, avoit été mariée à Paris dans le commerce; demeurée veuve très-jeune , avec une fille unique , elle avoit continué de faire ce commerce de bijoux que mon père troavoit si agréable. De l'esprit, de l'honnêteté, beaucoup d'adresse et un excellent ton, la faisoient généralement considérer; on eût dit qu'elle ne se chargeoit d'affaires que pour obliger les personnes qui s'adressoient à elle ; sans sortir de son appartement, fort bien tenu et où elle recevoit une société décente, dont faisoient quelquefois partie les individus mêmes qui cherchoient des acquisitions pour satisfaire leur luxe ou l'usage, elle maintenoit sa petite fortune et son aisance, sans perte et sans accroissement. Très-avancée en âge, elle étoit secondée par sa fille, dont le tendre attachement lui

avoit fait rejeter tout étahlissement pour demeurer avec sa mère dans l'union la plus intime.

Gardanne étoit du pays de madame Desportes; Tesprit naturel, la vivacité méridionale, de bonnes études et l'extrême envie de réussir, promettoient que ce jeune docteur pousseroit assez loin un chemin déjà bien commencé. Madame Desportes , riui Faccueilloit avec cette bonté protectrice qui seyoit à son caractère, à son âge, et qu'elle avoit Fart de rendre aimable, imajjina d'en jEaire le mari de sa petitecousine : elle mourut avec ce projet, que sa fille résolut d'exécuter.

Gardanne souhaitoit et crai{jnoit de se lier; dans le calcul des avantages et des inconvéniens de la grande confrérie, il ne s' étoit point, comme ma tête romantique, attaché à l'unique idée des convenances personnelles; il comptoit tout. J'avois seulement vingt mille livres en mariage; mais la espérances rachetoient la modicité de la dot ; les conditions pécuniaires furent faites avant que je susse rien : le marché étoit conclu lorsqu'on me parla d'un médecin à épouser. L'état me convenoit; il promettoit un homme éclairé, mais il falloit connoftre sa personne. On aiTangea une promenade au Luxembourg; la pluie devoit prendre en chemin et survint, ou bien on la craignit : on se réfugia chez une amie de madame Desportes, mademoiselle de la Barre, grande janséniste, qui fut ravie de la circonstance, et nous ofB*it une collation, durant laquelle son médecin et son compatriote vint tout juste lui faire une visite.

On s'examine beaucoup de part et d'autre, sans avoir, pour mon compte , l'air d'y regarder, mais sans laisser rien échapper néanmoins. Ma cousine étoit triomphante, comme si elle eût dit : « Je ne l'avois point annoncée jolie, mais que vous en semble? » Ma bonne mère avoit l'air tendre et rêveur; mademoiselle de la Barre faisoit de l'esprit, et merveilleusement les honneurs de ses confitures et de mille bonl>ons; le médecin babilloit assez, croquoit des sucreries, disant, moitié par une galanterie qui sentoit un peu les bancs de l'école, qu'il aimoit beaucoup la douceur; à quoi la jeune fille obser^-a d'une voix timide, avec quelque rougeur et un

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