‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 56 sur 90 · DEUXIEME PARTIE. If · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. If

ées yeux vulgaires : mon attention n'aroit rien distingue qui me fit juger ce coup aCEreux ; mais il y avoît sans doute en elle des altérations légèi*es qui m'agitoient à mon propre insu. Je ne pouvois pas dire que je fusse inquiète, je n'aurois su de quoi ; mais je me sentois troublée , mon cœur se ser^ roit parfois lorsque je la fixois, et j'éprouvois loin d'elle un malaise qui ne me permettoit pas d'y rester. Je quittai Agathe d'un air si singulier, qu'elle me pria de lui donner incessamment de mes nouvelles; je revins précipitamment, malgré les observations de ma bonne , qui trouvoit que l'heure auroit été bien agréable pour une promenade au Jardin du roi. J'approche de la maison ; je trouve à la porte une jeune fille du voisinage, qi|i s'écrie en me voyant : — « Ah! mademoiselle, votre ijriaman s'est trouvée bien mal; elle est venue chercher ma mère qui a monté dans son appartement avec elle. » — Frappée de terreur , je jette quelques sons inarticulés; je vole, me précipite; je trouve ma mère dans un fauteuil, la tête abandonnée, 4es bras tombans, l'œiLégaré, la bouche entr' ouverte : à ma vue son visage se ranime; elle veut parier; sa langue enchainée profère difficilement des mots imparfaits : elle veut dire qu'elle m'attend avec impatience; elle fait effort pour soulever ses bras; un seul obéit à l'impulsion de sa volonté : elle porte sa* main sur mon visage, essuie de ses doigts les larmes qui le couvrent , les passe doucement sur mes joues comme pour me calmer ; Pintention du sourire se dessine dans sa physionomie : elle

essaye de parler inutiles tentatives ! La paralysie épaissit

sa langue, accable sa tête, anéantit la moitié de son corps. L'eau de méhsse, le sel dans la bouche, les frictions ne produisoient aucun effet; en un instant j' a vois expédié du monde pour chercher le médecin et mon père; j'avois, avec la rapidité de l'éclair, été prendre moi-même deux grains cPémétique chez l'apothicaire le plus voisin; le médecin étoit arrivé, ma mère étoit an Ut, les remèdes s'administroient, et les progrès du mal se fusoient avec une effroyable rapidité ; les yeux étoient fermés , la tête penchée sur la poitrine ne ponvoit plus se lever; une respiration forte et précipitée annonçoit Faccablement universel : cependant elle entendoit

ce qu'on lui disoit; et lorsqu'on lui demandoil si elle soufiroit, elle portoit la main gauche sur son front comme pour indiquer le siège de la douleur. J'étois dans une activité inexpriroal^le ; j'ordonnois tout, et je l'avois toujours £ait avant qu'on l'eût exécuté; je paroissois ne pas quitter le chevet du lit , et je préparois ce qui étoit nécessaire : à dix heures du soir, je vois que le médecin prend à part quelquen femmes et mon père : je veux savoir ce qu'il propose; on me dit qu'on est allé chercher l' extrême-onction : je crois rêver; un prêtre arrive, il prie, et fiait je ne sais quoi; je tiens machinalement un flamheau; droite au pied du lit, sans répondre et sans céder à ceux qui veulent me déplacer, les yeux fixés sur ma mère mourante et adorée, ahsorbée dans un sentiment unique qui suspend enfin toutes mes jEacultés , le flambeau s'échappe de ma main ; je tombe sans connoissance : on m'enlève, je me retrouve, après quelque temps, dans le salon voisin de sa chambre, environnée de personnes de ma femille; je tourne les yeux vers la porte; je me lève, on me retient; je fais des gestes supplians pour

obtenir la permission de retourner Un silence triste ,

une opposition morne et constante me contrarient continuellement ; je retrouve des forces ; je prie , j'éclate , on est

impitoyable ; j'entre dans une espèce de rage A l'instant

mon père parott ; il est blême et silencieux : on a l'air de lui £aire une demande tacite ; il répond par un mouvement des yeux qui fait jeter des hélas ! gémissans. Je me dérobe à la surveillance de mes gardiens frappés; je sors impétueusement : ma mère elle n'étoit plus ! Je soulève ses bras;

je ne puis le croire ; j'ouvre et referme alternativement ces yeux qui ne me verront plus , et qui se fixoient sur moi avec tant de tendresse : je l'appelle ; je me jette sur son lit avec transport ; je pose mes lèvres sur les siennes ; je les entr^ouvre; je cherche à aspirer la mort; j'espère la gagner avec mon souffle et pouvoir expirer sur l'heure. Je ne sais pas bien ce qui suivit ; je me souviens que sur le matin je me vis chez un voisin où parut M. Besnard, qui me fit porter dans une voitiu*e et emmener chez lui. J'arrive; ma grand' tante jn'embrasse en silence, me met devant une petite table et me

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