‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 17 sur 260 · PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE I

« l'embarras que je vous ai causé au bal? Hélas ! ne me « reprochez pas les deux heures les plus heureuses de « ma vie.

« Je ne puis souffrir toutes les autres femmes depuis « que je vous connois. Quelle différence! et que je la « sens bien! Mais, oh Dieu! que deviendrai-je, si, abu- « sée par des préjugés dont le manque d'expérience vous « empêche peut-être encore de sentir toute l'absurdité, « vous alliez me refuser la seule chose qui désormais « puisse faire mon bonheur : le droit de vous aimer et « d'oser vous le dire! Si vous daignez me donner vous- « même une réponse, vous me trouverez lundi au bal « de l'Opéra^ Je sais que vous y devez aller, et j'aurai

* Le bal de l'Opéra est, avec le Concert spirituel, l'une des inventions <|u'on admirait le plus au siècle dernier. Les b:ds ont commencé avec l'année 1716. On y allait tous les dinsanclies, de la Saint-Martin à l'Avent, on reprenait à la l'ète des Rois, et, pendant tout le Carnaval, on dansait deux fois par semaine, de onze heures du soir à six ou sept heures du matin. Le prix du billet était de six livres.

La Comédie-Française eut aussi son bal jusqu'en 1721, bal si suivi que, pour ne pas ruiner lûpéra, il fallut l'interdire. Cependant on voit qu'en 1753 il fut accordé au comédien Granval la permission de donner huit bals publics dans la salle du Tliéàlre-lrançais.

Les comédiens italiens voulurent aussi, en ouvrant leur théâtre de la Foire, doimer des bals le mercredi et le dimanche : ils ne réussirent pas ; mais il y eut tout de même un grand bal d'été à ia fou'c Saint- Laurent, à partir de 173 i. C'était dans la salle de l'Opéra-Comique qu'il aviiil lieu, la nuit de la fête du Roi.

La vue du bal de l'Opéra était un spectacle recherché de tout le monde.

0 Pour former la salie de bal, dit V Almanach du temps, on a trouvé moyen d'élever le parterre et l'ampliillu'àtre au niveau du iliéàlre, par le secours d'un cabestan d'une iio;ivclle invention.

« La nouvelle salle forme une espèce de 'galerie de quatre-vingt-dix-huit pieds de long, compris un demi octogone, ietiuel, par le moyen des glaces /lont il est orné, devient aux yeux un salon octogone parfait. Tous les lustres, les bras et girandoles se répètent dans les glaces, ainsi que ttule la salle, dont la longueur parait doublée.

a Les glaces des côtés sont placées avec arl el syni'lric. selon Tordra

50 MEMOIRES DE MADAME D'EPIiVAY.

« l'honneur de vous faire ma cour. Quoique j'aie promis « à une autre femme de lui donner la main, je n'y verrai « que vous. »

Cette lettre étoit signée, ma cousine, devinez de qui? De xM. de Canaples. Vous imaginez aisément combien je Fus choquée de cette insolence. Je grondai ma femme de chambre. J'allai aussitôt porter cette lettre à mon mari, bien chairrine de l'avoir ouverte à son insu. Croiriez-

vous qu'il en rit aux larmes, qu'il avoua qu'il avoit luimême dicté au chevalier une partie des propos qu'il m'a tenus au bal pour s'amuser de mon élonnement; mais que le drùle (ce sont ses termes) ne lui avoit pas confié ses tendres sentimens, ni le projet de m'écrire. Je voulus lui montrer qu'il étoit cause de l'insolence du chevalier, en l'instruisant si familièrement de notre intérieur;

d'une architecture composite, enrichie de différentes sortes de marbres, dont tous les ornemens font de bronze doré. La salle peut être divisée en trois parties : la première contient le lieu que les loges occupent; la seconde, un salon carré, et la troisième, le salon denii-ottogone dont on vient de parler.

« Les loges sont ornées de balustrades, avec des tapis des plus riches étoffes et des plus belles couleurs sur les appuis. Deux bulTels, un de chaque côté, séparent par le bas les loges du salon, qui a trente pieds en carré sur vingt-deux d'élévation, et est terminé par un plafond ingénieux, orné de roses dorées, enfermées dans des losanges et entourées d'oves. Deux pilastres de relief marquent l'entrée du salon. On y voit un rideau d'une riche étoffe à franges d'or, relevé en festons.

« Le salon carré et le salon octogone sont enrichis de vingt colonnes avec leurs arrière-pilastres de marbre bleu jaspé. La grande arcade du fond, où commence la troisième partie de la galène, a seize pieds do haut sur dix de large. Deux Renommées y soutiennent les armes du roi en relief.

« Trente instrumens, placés quinze à chaque extrémité de la salle, composent la symphonie pour le bal; mais, pendant une demi-heure avant qu'on commence, les instrumens s'assemblent dans le salon octogone, avec des timbales et des trompettes, et donnent un concert ccJaposé de grands morceaux de symphonies des meilleurs maitics. •

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