PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE VI
J'avoue que je fus un moment troublée par l'idée des preuves qu'il prétendoit avoir contre Francueil et mademoiselle d'Ette. Mais je suis persuadée, en y réfléchissant, qu'il nen a aucune. S'il en avoiteu, il n'auroit pas manqué de les donner. Il ne vouloit que me faire parler; et, en me conseillant de n'avoir point d'amant affiché, il perd dans mon estime le mérite de ce conseil, que je crois intéressé. Peut-être s'imagine-t-il qu'il pourroit prendre la place de Francueil, si j'étois assez simple pour l'écouter. Je l'ai congédié de bonne heure et même un peu lestement.
J'ai dîné aujourd'hui chez ma mère avec Francueil, et je ne lui ai rien caché de ce que m'a dit Duclos, afin qu'il s'observât davantage avec lui ; il lui fait trop d'avances et trop d'amitiés pour un homme dont nous avons reconnu le danger : il en est convenu.
Mon mari, mon fils et Linant étoient de ce dîner. Je ne suis pas aussi contente que je l'aurois cru de la manière dont cet homme s'y prend avec son élève; il n'a ni ordre ni plan fixe : aussi l'enfant ne sait rien ; il a la tête étonnée lorsqu'on lui fait une question, et il ne sait pas même dire à quel genre d'étude on l'applique, ou, pour mieux dire, quelle matière on traite dans ses leçons. On passe sans cesse d'un objet à un autre, sans suite et vraisemblablement sans projet. Je veux remédier à cela promptement; mais il faut que je consulte GauCfecourt et même Duclos; Rousseau est absent, sans quoi je m'en r;q)porterois à lui seul.