‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 23 sur 260 · PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE I

qui sont achetés. Tout est arrange pour cela; il n'y faut rien changer.

J'écris à mon sellier pour lui donner l'ordre d'achever mon carrosse et de mettre la dernière main à la calèche, afin qu'elle soit finie même avant mon retour, et telle que je Tai ordonnée. Je ne sais comment vous l'entendez, ma chère amie, il seroit bien singulier que mon père prétendît compter sur mon revenu les cent pistoles qu'il me donne par mois pendant mon absence, et qui ne doivent passer que pour gratification. Il faut absolument le faire expliquer là-dessus; je vous prie même de le prévenir sur ce que je dois lui en dire, en lui faisant sentir que, vu les dépenses inévitables auxquelles j'ai été obligé à mon mariage, il m'est impossible de me tirer d'affaire sans cette gratification, qui est peu de chose pour lui, et qui m'est absolument nécessaire.

Il faudra bien, ma chère amie, que tu tâches de payer, sur ta bourse, un à-compte au tailleur de mes gens, ainsi qu'au nommé Thierry \ Avec cela ils doivent être contents et attendre mon retour pour le reste. Il est vrai que je les avois oubliés sur la liste que j'avois laite de mes dettes avant mon départ; je ne sais comment cela est arrivé; tu voudras bien réparer cette négligence; je m'acquitterai avec toi dès que je le pourrai.

Il me paroît que tu traites bien sévèrement ce pauvre chevalier de Canaples. On ne lui rend pas justice. Il a un mérite qui porte envie, et, dans les torts qu'on lui

* Les délail? mûmes que l'on rencontre çà cl là dans les lettres qui sont insérées cImhs c^s Mciitoires prouvent leur aulhenticité. Jîail.ime ci tiJinay a évidemmnu inventé le moins qu'elle a pu, et cette lettre, par exemple, et évidemment vraie.

suppose, il a été plus malheureux cpje coupable. S'il a quelques airs, il est fort en droit de se les donner. Au reste, nous avons les mêmes connoissances, nous vivons ensemble, il m'a témoigné de l'amitié dans l'occasion, je lui ai des obligations que je dois reconnoître, et à ces titres, j'espère que tu le recevras comme à l'ordinaire, sans quoi il ne manquera pas de croire que c'est moi qui t'en empêche : c'est t'en dire assez. Quant à tes craintes, elles n'ont pas le sens commun. On peut bien dire à une femme qu'on en est amoureux, sans que la tête en tourne. 0 amour-propre femelle!

Je suis charmé que vous alliez vous établir à Epinay *, et plus content encore du goût que vous paroissez avoir pour cette terre; mais il faut du monde et des amusements. J'espère que mon père consentira à y donner quelques fêtes. Vous avez votre équipage et le sien, dont vous pouvez disposer. La campagne n'offre rien si

• Nous aurons tout le loisir, un peu plus loin, quand la scène sera plus animée et que les personnages imporlanls auront paru, de recueillir les souvenirs du lieu de retraite où madame d'Epinay leur a donné l'hospilalilé. Voici d'abord une simple indication géographique, tirée du Dictionnaire d'ilurtaul et de Magny :

« Épinaij-lez-Saint-Denis. Ce village «st situé sur le rivage droit de la Seine, à une heure ou environ de la ville de Saint-Denis, et à trois petites lieues de Paris, dans une grande plaine cultivée de diverses façons. C'est le chemin pour Pontoise, Rouen, etc.

« L'église a été rebâtie entièreinenl à neuf par M. le prince de Condé, et la dédicace en fut faite le 21 avril 1743 par l'évcque de Bethléem. On V reconnaît trois saints patrons, qui iont saint Georges, saint Médard et taint Silvain de Levroux et Beny. La cure est à la pleine collation de l'évèque.

u Des trois villages nommés Épinay, qui sont dans chacun des trois archidiaconés de Paris, celui-ci est le plus célèbre et connu depuis un plus grand nombre de siècles. Ce nom n'a été donné à ces lieux que p;ir r.ippurt à la quantité de buissons qui en couvraient le terrain primitivement. M. La Live de Bellegarde, fermier général, en est le seigneur. »

Page 1