‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 240 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

Il m'est assez difficile de les aider dans leur recherche, mon niari w mayant jamais rien dit de ses affaires et ne me pormettnit même aucune curiosité à cet égard. C'est ce que je dis à M. de Jully, et il convint que j'avois raison. Ce qui embarrasse mon frère, c'est que cette association n'est pas d'un genre, à ce qu'il prétend, à pouvoir être rendue publique sans inconvénient.

On m'apporte votre lettre, mon cher tuteur, je vous envoie celle-ci, et j'irai vous dire le reste cette après-dînée ; à quatre heures je serai chez vous.

LETTr.E DE MADAME D'ÉPl.NAY A M. DE LlSlEliX.

Je suis déiolée, monsieur; il faut que je me rende aujourd'hui avec toute la famille chez M. de Jully. Il a vu ce matin les gens d'affaires avec lesquels sa femme peut avoir eu quelques relations. Les papiers ne se retrouvent point; personne n'en a la moindre connoissance. On a questionné les valets : une maudite femme de chambre, mécontente du lot que je lui ai adjugé sur les bardes de la | auvre madame de Jully, s'est avisée de dire qu'immédialement après la mort de sa maîtresse, j'étois entrée soûle dans le cabinet, qu'elle ignore ce que j'y ai fait, mais que lorsqu'elle y étoit retournée, elle avoit trouvé la cheminée pleine de papiers brûlés. Le fait est vrai; aurois-je brûlé ces papiers? je l'ifjnorc; je ne sais pas moi-même ce que j'ai fait. Que puis-je dire? Voyez-vous, monsieur, quelle défaveur cela peut me donner? De (piel droit aurois-je l)rùlé des papiers? Iroisje dire à M. de Jully qu'il y en avoit, ou qu'il devoi

4^i8 MÉMOIRES DE MADAME D'EPINAY.

y en avoir qu'il ne falloit pas qu'il vît? Non certainement, je ne le puis pas. Si j'ai exécuté un ordre de sa femme, pourquoi n'ai-je pas pris un témoin? J'en ai bien exigé deux pour faire exécuter les ordres du mari et de la mère. Pourquoi ai-je attendu que madame de JuUy eût expiré ? Et que n'ai-je dit tout de suite à la mère la commission dont j'étois cbargée? En vérité, ne pouvant avouer ce qui en est, je ne vois pas ce que je puis répondre. Gauffecourt dit que madame Chambon est furieuse, que toutes les tantes, les cousines et les commères dont cette famille est composée bavardent et font des commentaires à perte de vue; on dit que je dois faire bon de la somme, puisque j'ai brûlé les titres; et déjà madame Chambon proteste qu'elle agira à la rigueur. M. de Jully dit qu'il m'en croira sur ma parole, et qu'il ne peut me croire coupable d'une telle infamie, pas même d'une étourderie qui pût le mettre dans l'embarras. A ce sujet on rappelle tout ce que j'ai dit hier au soir sur cette affaire ; le refus que j'ai fait de m'en mêler; enfin Ton trouve une fausseté et une duplicité manifestes dans toute ma conduite. Croiriez-vous que, jusqu'aux soins que j'ai pris de ma pauvre sœur, tout leur est suspect. J'avois mes vues, en effet, dit-cn ; cette assiduité, cette tendresse n'étoient pas naturelles ; aurois-je abandonné mes enfants, les aurois-je relégués à la campagne pendant l'hiver, moi qui affiche tant d'amour pour eux, si je n'avois pas eu quelques vues d'intérêt? Dieu sait tout ce que j'aurois fait, ajoute-t-on; avec le temps on découvrira de belles choses ; il faut un exemple public pour le repos des familles.

En me rendant ces indignes imputations, Gauffecourt étoit tout aussi indigné de la foiblesse de M. de Jully (jue

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