PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II
qirest-ce qui m'a amenée à cette disposition d'âme. Je n'y vois guère autre chose qu'une lettre froide et aicçre, mêlée de plaisanteries assez indécentes, que j'ai reçue de mon inari, en réponse à des reproches peut-être trop tendres que je lui ai faits. Mais si vous saviez combien j'étois pressée d'oublier ses torts, et combien j'ai besoin d'être heureuse!
Je vous envoie un extrait de sa lettre, pour que vous en jugiez, car je crains de m' exagérer les motifs de ma peine, tant je me trouve singulière depuis quelque temps. Je comptois aller incessamment à Paris; mais mon beaupère et ma mère projettent d"y l'aire un petit voyage de deux jours qu'ils n'ont point fixé encore, et je les attendrai. Adieu, mon tuteur. Je voulois vous demander : une femme mariée' peut-elle faire un testament?
LETTRE DE M. D'ÉPllNAY A MADAME DÉPl.NAY.
Vous voilà donc, ma chère amie, remontée sur le ton de la plus belle tendresse; et votre mari doit être flatté
* a II est temps de passer au troisième chef d'incapacité qui résulte de rassujelli>sement à la pui-sancc d'autrui, c'est-à-dire à la question de savoir si la femme mariée est capable de tester.
a L'affirmative ne soulfre aucune diificullé dans le droit commun. Il y a, à la venté, jilusieurs coutumes où la femme ne peut tester sans l'autorisation de son mari, ou celle du jujie à son refus; mais toujours est-il vrai que, même sous ces coutumes, l'état de la femme mariée n'emporte point une incapacité absolue de tester.
a Quoi peut donc être l'objet de notre question, et y a-l-il en France une seule coutume où l'on ait douté que la femme autorisée de son mari pût faire un testament? Oui, cette coutume exi-te, et elle régit une grande province : ce sont les cliarlres f;éiiérales de Hainaul. » (Guyot, Béperloire universel et raismiié de Jurisprudence, t. XVII, article Testahkm; 1785.)
Madante d Épinay hésitait sans doute parce qu'elle avait longleinp^ vi-ca à Valenciennes, c'est-à-dire dans cette province d.u llainant qui avait, sur ce pjiat de droit, ses règlements parliculicn».
que vous lui prodiguiez les expressions d'un sentiment qui se réveille ou s'endort à volonté, suivant que vous êtes plus ou moins occupée des choses qui y sont étraniïères. Je vous sais gré de ce que vous me marquez d'obligeant et de tendre, et je vous fais réparation sur ce que j'avois osé vous confondre avec le commun des femmes. Je croyois qu'elles et nous, étions tous faits à peu près sur le même modèle; et comme nous nous occupons beaucoup d'elles, je pensois qu'elles nous rendoient la pareille ; mais je me suis trompé : à la bonne heure, vous m'apprendrez à les connoître, et ce sera à vous à me faire voir que j'ai eu tort sur ce qui peut vous regan dcr en particulier.
Continuez à me parler de vos amusemens et de vos occupations. Vous avez des choses d'une simplicité bien comique, si toutefois vous ne les dites pas exprès ; car je n'en voudrois pas jurer. J'attends aussi que vous me fassiez part des préparatifs de votre accouchement. N'est-ce pas là votre principale occupation? Il ne faut pas attendre au dernier moment à revenir à Paris. J'espère qu'il y aura encore des vides dans votre vie qui vous laisseront le temps de m'écrire. Pour moi, la mienne est si occupée que je ne puis vous en rendre compte. J'en guis étonné moi-même, et dans le vrai il ne me reste i\v.e le temps de vous embrasser, et de vous dire, ma clière amie, que je suis entièrement à vous.
LETTRE DE M. DE EELl.EGARDE A M. D'ÉPINAl. 27 seplcmlire 17 îf^
Vous ne vous attendez pas, mon cher fils, à la bourbe nouvelle que j'ai à vous apprendre. Votre femme est ac-