‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 49 sur 260 · PREMIÈRE TARTIE. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE TARTIE. — CHAPITRE II

à qui j'avois donné ordre de vous remettre ma lettre en l'absence de votre mari, ne vous a pas trouvée. » Je ne répondis rien, et n'osai même demander à quelle heure, dans la crainte de n'être pas maîtresse de mon trouble. Le souper fut assez bruyant pour qu'on ne prit pas garde à moi, et assez gai pour que madame Darty et une autre dame formassent le projet de nous en aller toutes trois, sans hommes, au bal de l'Opéra^, car M. d'Epinay ne vint pas comme il l'avoit projeté, et les maris

loire posée sur un fourneau portatif. Le prince de Conty, vu de dos, est assis près de Truclaine. Enfin, à gauclie. Mozart, enfant, touclie du clavecin, et Jelyotte, debout, chante en s'accompygnant de la guitare; le chevalier de Laurency, gentilhomn'£ du prince, est debout derrière Mozart, et le prince de Beauvau, assis, lit une brochure. Le salon est orné de grandes glaces et de dessus de porte représentant des portraits de femmes. Un violoncelle et des cahiers de musique sont posés sur l'angle à gauche, et on lit sur un papier:

De la douce et vive gaieté

Ciiacun ici donne l'exemple;

On dresse des autels au thé :

Il méritait d'avoir un Temple. »

Ce tableau, exposé au Salon de 1777, n'a pas été peint avant l'année 1763, qui est celle oij Mozart vint en France. Madame Darti n'est plus là pour fïiire les honneurs de la maison.

En 1716, c'est le moment où nous en sommes, le prince de Conli n'éhiit pas encore grand prieur de Malte, et, par conséquent, ne vivait pas :'.u Temple. C'est de son hôtel de la rue Neuve-Saint-Augustin que sortait madame Darti lorsqu'elle envoyait son billet à madame d'Épinay. Les Conli avaient un autre grand hôtel, là oii est ai)jourd hui la Monnaie.

* L'Opéra était alors établi rue de Richelieu, dans la salle du Palais- Royal qui, sous Louis XIV, avait été occupée par Molière, qui, incendiée le mercredi 6 avril 1763, fut reconstruite par l'architecte Louis, et ou joue aujourd'hui la Comédie-Françai-c. La salle était comparativement fort petite et passait pour le plus vilain v^iisscau d'Opéra de l'Europe, mais c'était déjà le plus célèbre.

Jusqu'en 17 i9, l'Opéra fut administré p r ' js directeurs privilégiés qui recevaient, dan; les premiers temps, les ordres directs du roi, puisceuv du ministre de sa maison. Le privilège et l'adminislntion furent remis à la prévôté des niarch;inds par un arrêt du conseil, daié du 26 août 17 Î9. tlle aduiinisda le théâtre de 1740 à 17 J7. «t l'alUiinia de 17 J7 à 17ïtJ.

SO MP^MOIUES ÛE madame D'ÉPINAY.

de ces clames ne voulurent pas les accompagner. Je fis ce que je pus pour me dispenser d'être de cette partie : j'étois trop mal à mon aise. J'aurois donné tout au monde pour voir sur-le-champ M. d'Épinay et le confondre. Ce fut même dans l'espérance de le trouver au bal que je me déterminai à y aller. Il n'y étoit pas. Vous ne croiriez pas que je finis par m'enivrer de la gaieté, du bruit et des efforts que je faisois pour vaincre mes tristes réflexions, et que je m'amusai. J'étois, je l'avoue, plus piquée qu'affligée. Il y a comme cela des moments dont on ne sauroit rendre raison, où le cœur prend son parti; mais c'est pour peu de temps : voilà le mal. Pour en revenir an bal, nous y restâmes jusqu'à quatre heures; nous y fîmes enrager Francœur', Je ne

En "1776, elle l'ut débarrassée de radminislration, et, en 1780, du privilège, mais elle paya les dettes de l'entreprise. L'Opéra fut, depuis lors Jusqu'à ia Uévolulion, dirigé par un œmité que nommait le roi.

Nous avons dit plus haut qu'il y avait un corps de danse à la Comédie- Française et un autre à la Comédie-Italienne. Celle-ci, appelée d'Italie par le régent, s'était installée dans l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil, le 18 mai 1716, et jouait par extraordinaire à la foire Saint-Laurent, qui s'ouvrait le 16 juin et durait jusqu'à la Saint-Denis.

* François Francœur, né à Paris le 22 septeml^re 1698 et mort le 6 août 17b7. Dès son enfance il se lia d'amitié avec François Rebel qui fut encore meilleur musicien que lui et qui devint chevalier de Saint- Michel. On ne les appelait que « les petits violons. » Il entra en 1710 à l'orchestre de l'Opéra et en 1756 en fut nommé inspecieur conjointement avec Relie!. Au mois de mars 1757 il prit avec lui pour trente ans le bail du théâtre. [Journal de Collé, t. H, p. 177 j, après s'être raccommodé avec Rameau, gloire et tyran de la musique de son temps, à qui ils firent une pension de 1500 livres. L'anarchie était alors à son comble à l'Opéra et on en faisait dériver la cause de l'imbécillité du prévôt des marchmds, M. de Bernage.

Francœur avait eu précédemment des aventures; il avait épousé en 1750 une fille d'Adnenne Le Couvreur, à qui d'Argcntal, « les anges » de Voltaire, était chargé de donner une dot de60,0i.i0 livres. Il ne paraît pas que le ménage fut heureux, car au mois de mai 1751 [Journal de Barbier, t. II, p. 156), il est l'amant de cœur de la Pélissier, cl, à ce iï\x&,

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