PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I
Pour moi je rendis mes comptes*, et le lendemain je reçus de madame d'Epinay la lettre que voici ^.
« Que pensez-vous de moi, de ma fuite d'hier au soir,
c-es conseils, président du parlement, demeurant au bailliage du Palais; Inut et puissant seigneur Jean-Nicolas de Johanne do la Case de Siiumery, clievalier, marquis de Johanne, porteur de la susdite procuration ; messire Élienne du Mesnil, clievalier, marquis de Saumery. sous-lieutenant des gardes françaises, parents de ladite épouse; tous lesquels et plusieurs autres, après lecture faite, ont signé :
« Tardieu d'Esclavelles, La Live d'Epinay, La Live de Bellegarde, Prouveur d'Esclawlles, La Live de Jully, La Live de Pailly, La Live de Sucv, Saumery de Johanne, Saumery. de Maupeou, fa Live de la Briche, de Roncherolles de Meaupeou, Lestendart de Roncherolles, Duhuisson de La Live. »
C'est cet acte qui a permis de faire disparaître une partie du mystère des noms du roman de maiiame d'Epinay, et de lui donner un intérêt historique de plus. On ne voit pas pourquoi le second frère de M. d'Epinay n'y est pas désigné dans le corps du teste comme l'est La Live de Jully. Celui-ci, né en iTio. n'avait que vingt ans. C'était bien jeune pour être substitut de JI. Joly de Fleury, mais alors on n'y prenait garde. Du reste, \' Almanach royal ne cite pas son nom parmi les attachés du parquet.
La Live de l'ailly, cousin de M. d'Epinay, devint brigadier le 10 mai 1748, et vendit, au mois d'octobre 17 i9, sa charge de niaréclial général ilcs logis. (Pinard, Chronologie mililaire, t. YIII, p. 486.)
Madame de Maupeou a signé sur l'acte : Roncherolles de Meaupeou, comme si. elle ne savait pas exactement l'orthographe du nom de son mari.
Quelques pages plus loin, sur le> mêmes registres, on trouve, à la date du 21 janvier 1746, l'acte de mariage d'une fille de Louis, d'une pelite-lille de Jean Racine, avec un Louis-Grégnire Mirleau de Neuville. Voilà encore une branche de la postérité de l'auteur d'Alhalie.
* En se mari int, madame d'Epinay reçut, ou du bien de son père ou de celui de sa mère, trente mille livres d'argent, douze mille livres de trousseau et dix-huit mille de meubles et linge. Son oncle lui assura une terre qu'il avait. Elle se maria en communauté de liii'ns, avec pro-
. messe d'un douaire de trois mille livres de rente. M. de Dcllegarde laissa la noce à payer à ses enfants ; il dontia trois cent mille livres à son fils, douze mille livres de diamants à son fils et deux mille livres pour sa iwurse. Voilà du moins ce qu'on peut voir dans le manuscrit de madame d'Epinay.
• Ici commence le texte véritable des Mémoires. On s'était marié à minuit, sans appareil, avec vingt-deux personnes en tout; et, le lendemain malin, on s'était déjà disputé pour ne pas niellre ou mettre du rouge.
« de mon silence? En conclurez-vous, mon cher tuteur, « que je suis ingrate? Jamais vous ne pourriez être aussi « injuste. Croyez que je sens, comme je le dois, les soins « que vous avez bien voulu prendre de mes intérêts, de- « puis la mort de mon père. J'ai voulu vous en remercier « hier, mais mon cœur étoit si plein que je n'ai pu pro- « férer un seul mot. Je n'ai pu tenir à l'espèce d'adieu « que vous nous avez fait en remettant mes papiers à « mon beau-père; les choses honnêtes et douces, dont <( vous avez accompagné ce dernier acte de votre tutelle, « m'ont fait venir des larmes aux yeux; j'espère qu'elles « ne vous auront pas échappé. Je me suis retirée un mo- « ment pour être en état de vous témoigner toute ma « sensibilité et ma reconnoissance ; et lorsque je suis «rentrée, vous étiez parti. J'ai été tout le reste de la « soirée mal à mon aise; si j'avois été assurée que vous « ne vous fussiez pas mépris à mon silence, j'aurois été « plus tranquille. Soyez toujours, mon cher tuteur, le « conseil et l'ami de votre pupille, et ne lui refusez ja- « mais vos avis sur aucune matière. Rassurez-la promp- « tement et dites-lui que votre amitié égale sa recon- « noissance, c'est n'y mettre pas de bornes et la dire « éternelle. »
LETTRE DE MADAME D'ÉriISAY A MADAME LA PRÉSIDENTE DE MAUPEOD*
Que j'en veux à madame votre mère% ma chère cousine, de ne vous avoir pas mariée à celui qui vous adoroit! Quelles délices, quelle félicité que celle d'être
* Madame de Maupeou (Anne-Marguerite-Thérèse de Ronuberolles), née en 1725, était mariée depuis le 21 janvier 1744, comme on l'a vu précédemment.
- Madame de Beaufort-Canillac.