‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 4 sur 260 · PREMIERE PARTIE.— CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE.— CHAPITRE I

Il étoit sans doute difficile que M, d'Epinay, l'aîné des fils de M. de Bellegarde, qui achevoitses exercices, vît sa cousine sans éprouver un sentiment dont tout autre moins jeune auroit eu de la peine à se garantir.

M. de Bellegarde crut qu'en faisant voyager son fils pour le service de sa place, il arrêteroit, dans ses commencemens, un amour que la disproportion de fortune faisoit, aux yeux de madame de Bellegarde, un devoir de combattre, tandis que madame de Roncherolles ne pouvoit s'imaginer que l'on osât supposer seulement le mariage de sa nièce avec tout autre qu'un gentilhomme ; et, revenant à un ancien projet qu'elle avoit eu autrefois : « Si M. et madame de Bellegarde, disoit-elle, sont « un peu susceptibles de quelques sentimens glorieux, « pourquoi ne leur proposeroit-on pas de mettre leur fils « dans le service, et de lui faire alors épouser mademoi- « selle d'Es-clavelles, à condition qu'il prendroit ses « armes et son nom, )j Mais madame de Bellegarde, qui étoit l'obstacle le plus invincible à ce mariage, étant venue à mourir \ son mari, homme excellent, mais faible, consentit, peu de temps après, à couronner un amour dans lequel son fils avoit peut-être mis plus d'extravagance que de véritable passion. Emilie étoit alors âgée de vingt ans.

J'avois été obligé de quitter Paris pour quelques affaires; ma pupille m'écrivit, lorsque cette union fut tout à fait arrêtée, de hâter mon retour. J'arrivai le jour de la signature du contrat ; elle le passa dans les larmes,

• Madame la Live de Bellegarde, née Marie-Josèplie Prouveiir, tiait morte subUeiueiit d'une angine, en 17iO, à sa campagne d'Épmay. f.'élait une femme un peu dure et de morgue, qui faisait sentir son opulence et ne se consolait pourtant pas de n'être qu'une financière.

et lorsqu'il fallut signer, la plume lui tomba des mains. M. de Bellegarde donna à son fils trois cent mille livres, et environ pour douze mille livres de diamants à sa bru. On voit qu'il no. fo ruina pas en générosités ^

* On ne peut trouver de pièce plus nette que celle-ci. C'est l'acte de mariage lui-même, tiré d"« registres de la paroisse Sainl-Rocli, à la date du 25 décembre IT io :

a Messire Denis-Joseph \a Live d'Épinay, écuyer, âgé de vmgt et un ans, fils de messire Louis-nenis La Live de Bellegarde, écuyer, seigneur d'Épinay et autres lieux, et de délunle dame Marie-Josèplie Prouveur, d'une part, — et demoiselle Louise-Florenœ-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles, âgée de vingt ans, fille de défunt messire Louis-Gabriel de Tardieu d'Esclavelles, chevalier, brigadier des armées du roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et gouverneur de la citadelle de Yalenciennes, et de dame Florence-Angéliiue Prouveur, d'autre part; tous deux demeurant de fait en celte paroisse;

« Après la publication d'un ban fait en celte église, vu le certificat de pareille publication à Cundé, diocèse de Cambrai, les dispenses des deux autres, accordées par nosseigneurs l'archevêque de Paris et l'archevêque de Cambrai, la permission de fiancer et marier en même temps suintno tnane, en ce temps prohibé, aussi accordée par monseigneur notre archevêque, la dispense de rcmpêchcment du second degré de consanguinité, accordée par notre saint-pèr<^ Je pape Benoît XIY, fulminée par M. Piegnauld, vicaire général et officiai de Pans, le quatorze décembre de la présente année, la procuration, restée attachée à la minute du contrat de mariage, de M André Prouveur, prêtre, docteur en théologie, prévôt de l'église collégiale de Condé, diocèse de Cambnii, et protonotaire apostolique, oncle et tuteur de ladite épouse, par laquelle il consent au présent mariage, le tout en bonne forme;

« Ont été fiancés et mariés en face de l'Eglise, sans opposition, par nous, Pierre Badoire, docteur de Sorbonne, curé de celte paroisse, présents et consentants le père de l'époux et la mère de 1 épouse, aussi présents messire Ange-Laurent de La Live de Jully. écuyer, substitut de M. le procureur générjl du parlement, demeurant rue Saint-llonoré, en celte paroisse, frère du mari; M. Joseph-Christophe la Live, seigneur de Pailly, chevalier de l'ordre militaiie de Saint-Louis, lieutenant de roi de la province de Touraine. maré(;hal général des logis des camps et armées du roi, et colonel d'infanterie, et messire Jean-Baptiste La Live de Sucy, sous-lieutenant des grenadiers à cheval, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, demeurant rue Neuve- de-Luxembourg, en cette paroisse, cousin germain dudit époux; haut et puissant seigneur René- Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou, chevalier, conseiller du roi en tous

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