‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 71 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE III

dans l'espérance de la voir. Si ma santé continue à être aussi mauvaise qu'elle l'est depuis une huitaine de jours, je l'engagerai à venir passer quelque tenqjs chez moi, puisque je ne saurois l'aller chercher. Mon cœur a besoin d'appui, je sens un vide, une langueur... 11 faut que je l'aime bien plus que je ne crois; car je ne puis penser qu'à elle.

le 12 janvier.

Depuis deux jours mademoiselle dEtte est établie chez moi. Elle me fait oublier mes souffrances, qui sont cependant bien grandes. Le chevalier de Yalory a passé hier son après-dînce entre nous deux. Leur union fait plaisir à voir. Elle est décerne, elle intéresse même. Si je n'avois pas été instruite par mademoiselle d'Ette de l'attachement qu'ils ont lun pour l'autre, jamais je n'aurois pu le deviner. La seule chose que je reprocherai à celle-ci, est de n'être pas tout à fait assez indulgente envers les gens qu'elle aime. Elle se laisse aller facilement à donner des ridicules. C'est un tort de son esprit, et on voit que son àme n'y a point de part; elle les représente de façon que, quelque mordante que soit sa plaisanterie, on ne peut jamais la convaincre de méchanceté, et on voit qu'elle est toujours pressée de racommoder par un éloge le mal que la plaisanterie a pu faire.

Le chevalier est très-aimable ; il a une façon de dire et de voir qui est tout à fait fine et piquante. Il n'a pas d'humeur, mais il est impatient; ce qui lui donne précisément le degré de vivacité nécessaire pour rendre sa société aussi amusante qu'agréable; d'autant plus (pie celte impatience est tempérée par un lond de bonté inc-

puisable. Il est singe et contrefait plaisamment; niais on s'aperçoit qu'il ne se livre à ce genre de plaisanterie que pour plaire à son amie. J'ai lieu de le croire ainsi, puisque je n'ai jamais ouï dire qu'il eût ce talent, et que je l'ignorois avant que Je ne le connusse. Il est fort au fait de tout ce qui se passe dans Paris; de toutes les intrigues et de toutes les cabales de société. Tous les matins il sort, à ce qu'il m'a dit, et va ramasser tous ces détails qu'il vient rendre le soir à mademoiselle d'Ette. Ils m'amusent, et j'en profite; c'est sans doute parce que je suis désœuvrée, car, en général, j'aime peu à m'occuper des affaires des autres.

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