‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 70 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. H · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. H

lier de Valory^ qui m'avoit vu, pour ainsi dire, élever; mon extrême jeunesse et la confiance que j'avois en lui ne me permirent pas d'abord de me défier de ses vues. Je fus longtemps à m'en apercevoir, et lorsque je m'en aperçus, j'avois pris tant de goût pour lui que je n'eus pas la force de lui résister. 11 me vint des scrupules ; il les leva, en me promettant de m'épouser. Il y travailla en effet; mais voyant l'opposition que sa famille y apportoit, à cause de la disproportion d'âge et de mon peu de fortune; et me trouvant, d'ailleurs, heureuse comme j'étois, je fus la première à étouffer mes scrupules, d'autant plus qu'il est assez pauvre. Il commençoit à faire des réflexions; je lui proposai de continuer à

* Les Valory descendaient ou voulaient descendre d'une famille florentine qui au quinzième siècle a produit dos personnages. De 1770 à 1781 l'abbé Galiani, alors ami du chevalier de Valory et de madame d'Éplnay, fit à leur sujet, en Italie des recherches généalogiques dont il est question dans ses lettres (t. I, p. 114, 197 ; t. II, p. 518.)

Le chevalier de Valory avait un frère aîné, le niarquis Guy-Louis- Hcnry, qui né le 1 1 novembre 1C92, avait débuté en 1707 tomme enseigne de la colonelle du régmient de Piémont et qui se battit à Malplaquet. Brigadier en 1759 il fut celle année même envoyé ambassadeur en Prusse, devint maréchal de camp en 17 io, et ensuite ambassadeur en Hanovre, auprèsdu roi d'Angleterre, lin 1751 il retourna en Prusse. Son nom est connu dans la diplonialic et Frédéric le Grand le distinguait.

Kous avons trouvé la signature du chevalier de Valory sur un acte de mariage de la paroisse Saint-Euslachc (février 1761). 11 s'appclaii juiesilippolyle, demeurait alors au pelil hôlel de Noailles, rue Saint-IIonoré, comme madame d'Épinay, et portail le lilrc de chevalier de l'ordre royal et miiilaiic de Saiiil-Louis. On retrouve son nom dans les Alinanachs royaux, en qualité d'assucié libre de l'Académie de peinture. U était donc anialeur et connaisseur. Collé en parle dans son journal (I, 56; II, 1-) comme d'un bon juge de comédies.

[,e marquis et le chevalier avaii ni perdu leur père en 1758. Celui-ci, (Charles-Guy), était né le 2i septembre 1G55 et était devenu lieutenant gi'nér.d cil 1710.

Il c.vi^lait plusieurs autres Valory. Ou sait que l'un des gardes du corps qui nccompagnaicnl Louis XVI dans le voïage de VareniifS élait un uiembrc de celte famille.

vivre comme nous étions: il accepta. Je quittai ma province, et je le suivis à Paris. Vous voyez comme j'y vis. Quatre l'ois la semaine il passe sa journée chez moi ; le reste du temps nous nous contentons réciproquement d'apprendre de nos nouvelles, à moins que le hasard ne nous lasse rencontrer. Nous vivons heureux, contents : peut-être ne le serions-nous pas tant si nous étions mariés. — Je ne sais où j'en suis, interrompis-jc; tout ce que vous me dites me confond, et je sens qu'il me faudra du temps pour m'y accoutumer. — Pas tant que vous croyez, me dit-elle ; je vous promets qu'avant peu vous trouverez ma morale toute simple, et vous êtes faite pour la goûter. — Je ne suis pas dans le cas d'en faire usage, lui répliquai-je ; je n'aime point, heureusement, et quand j'aimerois, pourrois-je jamais me promettre un instant de bonheur en me rendant maîtresse de mes scrupules? La gène, la contrainte, la honte, tout doit empoisonner un sentiment qui n'est délicieux qu'autant qu'on s'y livre tout entier. » Après cette conversation, nous sommes sorties, mademoiselle d'Ette et moi, pour faire quelques emplettes. Nous avons rencontré M. de Francueil qui m'a dit qu'il étoit venu sept ou huit fois pour me voir sans avoir pu me trouver. Je veux, un de ces jours que je ne sortirai pas, le lui faire dire. 11 a des talents, il sait la musique, sa société m'a plu beaucoup pendant mes couches ; elle pourra m'étre encore de quelque ressource.

Le 5 janvier 1749.

Je suis triste et mal à mon aise, aujourd'hui. Je n'ai point vu mademoiselle d'Elte, je ne saurois me passer d'elle : j'attends la journée de demain avec impatience.

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