LETTRE DE MADAME D'ÉPINAY A M. DE FRANCLEIL
Le 20 avril
Bon Dieu ! qu'est-il donc arrivé? J'ai envoyé trois fois savoir de vos nouvelles. On n'a pu vous parler. On dit que vous êtes mieux; mais que vous ne sortirez point encore aujourd'hui. Vous ne m'avez point écrit. Vous êtes mieux, Francueil, et vous ne m'avez point écrit! Qu'est-ce que tout cela veut dire? Je n'ai osé vous écrire non plus, mais je ne puis plus y tenir. Francueil! au nom de tout ce qui peut vous être cher, tirez-moi d'inquiétude, rendez-moi la vie. Avez-vous reçu ma lettre? et, l'ayant reçue, que dois-je croire de ce silence? Sûrement, on me trompe, on me cache votre état. Dites-moi ce que vous avez, comment vous êtes. Je ne croirai plus à votre amour si vous me trompez. Adieu, vous que j'adore! Répondez-moi promptement, ne perdez pas une minute,
RÉPONSE DE M. DE FI.AKCLEIL A MADAMU D'i^nNAV,
Vous le voulez, ma chère Emilie, il huit vous dire la vérité, pour vous prouver au moins que je ne suis pas capahle de vous tromper. Mais, ô Dieu ! que je crains
iU MÉMOIRES DE MADAME D'ÉPINAY.
l'impression que vous fera la nouvelle que j'ai à vous apprendre. Avant tout, croyez que je vous aime tous les jours davantage, et que je voudrois vivre et mourir dans vos bras. Je suis mieux; dans peu de jours il n'y paroîtra plus; et quant au genre de mes maux, tout ce que je puis vous dire, c'est que votre mari est un monstre, et vous une adorable créature. Mais la sécurité où vous êtes sur votre santé m'effraye pour vous. Voilà, mon adorable amie, ce que je comptois vous dire dans quelques jours, et ce que je voulois éviter de vous écrire. Je suis un peu affoibli, et je ne puis vous en dire davantage. J'espère incessamment aller à vos pieds vous jurer l'amour le plus tendre.