LA SUCCESSION DE LA MAISON D'ANJOU
Avant les quatre années passées! se trouvèrent clercs de Provence qui vindrent mectre en avant certains testaments du roy Charles le premier, frère de sainct Louvys, et autres roys de Cecille, qui estoient de la maison de France, et autres raisons, disans que non point seullement la conté de Prouvence appartenoit audit roy, mais le royaulme de Cecille et aultres choses possedées par la maison d’Arragon et que ledit duc de Lorreyne n’y avoit riens (toutesfoiz aulcuns vouloient dire aultrement) — et se adroissoient tous ceulx-là audit Estienne de Vers, qui nourrissoit son maistre en ce langaige? — et que le roy Charles, dernier mort, conte de Prouvence, filz de Charles d'Anjou, conte du Mayne et nepveu du roy Regné, luy avoit laissé par son testament. Car le roy Regné l’institua en son lieu, avant mourir, et le prefera devant ledit duc de Lorreyne, qui estoit filz de sa fille; et cela à cause desdits testaments faictz par ce Carlo primoëb et sa femme, contesse de Prouvence, disant que le royaulme et conté de Prouvence ne pouvoient estre separéz ne aller à fille, tant qu'il y eust filz de la lignée. Et semblable testament firent les premiers venans après eulx, qui fut Charles le second, audit royaulme.
En ce temps desdites quatre années, ceulx qui gouvernoient ledit roy, qui estoient< le duc et duchesse de Bourbon
a. d'Anjou éd. Dupont. — b. Charles premier éd. Dupont. — c. estoit P.
1: Entendez : avant que quatre années n’eussent passé (à compter de la réclamation du duc de Lorraine).
2. Le royaume de Naples, ou royaume des Deux-Siciles, était traditionnellement disputé entre les dynasties d'Anjou et d’Aragon. Cet inextricable procès de succession a rempli de mémoires pour et contre les archives les plus variées de l’Europe. Voir Ph. van der Haeghen, Examen des droits de Charles VIII sur le royaume de Naples, dans la Revue historique, t. XXVIII (1885), p. 89-111. Cf. les tableaux généalogiques donnés par Arm.-Ad. Messer, Le Codice Aragonese (Paris, 1912, in-8°; Bibliothèque du XVe siècle, t. XVII), p. cXLV et suiv.