JUGEMENT SUR LES ARAGONAIS DE NAPLES
povoit vendre que eulx. Si ung seigneur ou baron estoit bon mesnager ou cuidoit espargner quelque chose, ilz luy demandoient à emprunter ; et luy failloit baïller par force. Ilz leurs ostoient les races des chevaulx, dont ilz en ont plusieurs, et les prenoient pour eulx et les faisoient gouverner en leurs mains, et en si grand nombre, tant chevaulx, juments que poulains, qu’on les estimoit à beaucop de milliers ; et les envoyoient® paistre en plusieurs lieux aux# pasturaiges des seigneurs et aultres, où ilz avoient grand dommaige.
Tous deux ont pris à force! plusieurs femmes. Es‘ choses ecclesiastiques ne gardoient nulle reverance ne obeissance. I1z vendoient eveschéz, comme celle de Tarente vendit# le père? treize mil ducatz à ung Juif, pour le baïller à son filz, qu'il disoit chrestien. Baïlloit abbayes à ung faulconnier, et à plusieurs, pour leurs enffans, disant : « Vous entretiendrez tant d'oiseaulx et les muerez‘ à voz despens et tiendrés tant de gens à voz despens 1. » Le filz ne fit jamais karesme ne semblant qu'il en fust. Maintes années fut sans se confesser ne recepvoir Dieu’. Et, pour conclusion, il n’est possible de pis faire qu’ilz ont faict tous deux. Et aulcuns ont voulu dire que le jeune roy Ferrand eust esté le pire, combien qu'il estoit
a. envoyoit P. — b.et P, que suit B. de Mandrot. — c. Aux éd. Dupont. — d. B. de Mandrot restitue par conjecture un que entre Tarente et vendit. Correction inutile : voir ci-dessous, n. 2. — e. nicherez éd. Dupont. — f. ne recepvoir nostre Sauveur et redempteur Jesus-Christ éd. Dupont.