‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 158 sur 429 · CONTRE-MANŒUVRES DE COMMYNES · texte numérisé non relu

CONTRE-MANŒUVRES DE COMMYNES

pour faire ligue contre le roy; mais tant de vielles ne se peuvent accorder en peu de temps.

Après me demandèrent si je ne savoye point que estoit venu faire cest ambassade d’Espaigne ne ceulx du roy des Romains, affn qu'’ilz en peüssent? advertir leur maistre. Or j'estoys jà adverti!, et de plusieurs lieux, tant de serviteurs d’ambassaseurs que aultrement, que celluy d’Espaigne estoit passé par Millan, desguisé?, et que les Almans se conduisoient tous par ledit duc. Et aussi sçavoys que l'ambassadeur de Napples bailloit à toute heurec des pacquetz de lettres qui venoient de Napples : car tout cecy estoit avant que le roy partist de Florence. Et despendoiz quelque chose pour en estre adverti, et en avoys de bons moyens1 ; et sisçavoys jà le commencement de leurs articles, qui estoient gectéz5, mais non point accordéz, car Veniciens sont fort longs à telles conclusions. Et pour ces raisons et voyant la ligue si approuchée, ne vouluz plus faire de l’ingnorant et respondiz audit ambassadeur de Millan que, puisqu'’ilz me tenoient termes si estranges, que je leur vouloys monstrer que le roy ne vouloit

a. le bon roy éd. Dupont. — b. peurent éd. Dupont. — c. à toute heure n’est que dans P, que suit B. de Mandrot.

1. B. de Mandrot, L'autorité historique de Philippe de Commynes, loc. cit., p. 11, réfute l'opinion de ceux qui ont taxé Commynes d’aveuglement. Sanudo témoigne que, dès février, l'ambassadeur français « se méfiait » (Sanudo, La spedizione di Carlo VIII, p. 220). Mais, à son tour, B. de Mandrot exagère la clairvoyance de notre auteur : en réalité, il n’a pas vu nettement le jeu de l'Espagne.

2. Le diplomate espagnol déguisé, passé par Milan, pourrait être D. Francisco de Rojas, envoyé des « rois catholiques » à Maximilien ; car il ne saurait être question de Lorenzo Suarez de Mendoza, qui voyageait en brillant appareil.

3. Sur l’erreur de date où serait ici tombé Commynes d’ Apres B. de Mandrot, cf. un peu plus bas, p. 122, n. 5.

4. Entendez : et je dépensais largement pour me faire renseigner, car je disposais de fortes sommes.

5. Entendez : projetés, en minute. Le 28 mars, on avait déjà établi une première rédaction en dix-neuf articles.

120 COMMYNES DEVANT LA SEIGNEURIE (10 mars 1495)

point perdre l’amytié du duc de Millan, s’il y pouvoit remedier ; et moy, comme serviteur, m'en vouloys acquiter et excuser les mauvais rapports que l’on pourroit avoit faictz audit duc leur maistre ; et‘que je le croyoie# estre mal informé, et qu'il devoit bien penser! avant que perdre la recongnoissance de tel service et° comme il avoit faict au roy? ; et que noz roys de France ne furent jamais ingratz, et que, pour quelque parolle qui pouvoit avoir esté ditte, ne se devoit point departir l'amour d’eulx deux 4, qui tant estoit seante à chascune des parties. Et leur priay qu'’ilz me voulsissent dire leurs doleances, pour en advertir le roy avant qu'ilz feïssent aultre chose<3. Ilz me jurèrent tous et firent grans serments qu'ilz n’en avoient nul vouloir ; toutesfoiz mentoient, et estoient venuz pour traicter ladite ligue.

Le lendemain‘ allay à la Seigneurie leur parler de ceste ligue et dire ce qui me sembloit servir au cas. Et, entre aultres choses, leurs diz que en l’aliance qu'’ilz avoient avecques le roy et qu'’ilz avoient eu avecques le feu roy Loys son père, ilz ne pouvoient soustenir les ennemys l’ung de l’autre et qu'ilz ne pouvoient faire ceste ligue, dont on parloit, que ce ne fust allé’ contre leur promesseÿ. I1z me firent retirer $ ; et

a. et omis dans l'éd. Dupont. — b. le omis P.— c. et omis, même bar éd. B. de Mandrot, quoique dans P. Cependant, le sens est clair. — d. de deux éd. Dupont. — e. chose omis dans l'éd. Dupont. — J. aller éd. Dupont.

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