Cf. ci-dessus, p
4- C'est-à-dire jusqu'au moment d'en venir aux mains, d’être aux prises.
FRANÇAIS ET ITALIENS EN PRÉSENCE (3-4 juillet 1495) 163
[2. Les premiers engagements à Fornoue.] — Encores jusques icy n’est point commencé la guerre de nostre costé ; mais le mareschal de Gyé manda au roy comme il eut passé ces montaignes et comme il envoya quarante chevaulx courre devant l’ost des ennemys pour sçavoir des nouvelles, qui furent bien ramenéz! des estradiotz! ; et tuèrent ung gentilhomme appellé Le Beuf et luy couppèrent la teste qu’ilz pendirent à la bannerolle d’une lance, et la portèrent à leur providadour: pour en avoir ung ducat?.
Stradiotz sont gens comme genetaires#, vestuz à pied et à cheval comme les Turcs, sauf la teste, où ilz ne portent ceste toilie qu'’ilz appellent toliban ‘ ; et sont dures gens et couchent dehors tout l’an et leurs chevaulx5. Ilz estoient tous Grecs,
a. avoit éd. Dupont. — b. recullez éd princeps ; recueilliz éd. Sauvage, éd. Lenglet et éd. Dupont. — c. providateur éd. Dupont : même sens.
1. Entendez : et comment il avait envoyé quarante cavaliers. qui avaient été repoussés par les stradiots.
2. Sanudo, La spedizione di Carlo VIII, p. 450, affirme que la première tête française fut payée dix ducats et que le marquis de Mantoue baisa sur la bouche celui qui la lui avait apportée. La taxe d’un ducat est la taxe normale, comme le montrent les textes cités à la note suivante.
3. Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. 544, a cru à tort qu'il s'agissait ici des janissaires (cf. l’allusion faite à ceux-ci par Commynes, plus haut, p. 104) ; il s’agit des genetaires, ainsi nommés par les Espagnols, qui appelaient genet un petit cheval de race arabe. Molinet, Chroniques, éd. Buchon, t. V, p. 41, décrit les stradiots : « Moult estranges, fort barbuz, sans armures et sans chausses, ayant une targette en une main et une demye lance en l’aultre. Souvent ilz donnoient cops fort soubdains. Et quant ilz peuvent tuer un Franchois, ils lui couppent la teste et la portent aux Venitiens, qui leur donnent un ducat de chascune teste. » Sur les textes italiens qui confirment, au sujet de cette coutume, les témoignages concordants de Commynes et de Molinet, cf. Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, p.634. — Un stradiot peint du vivant de Commynes se voit à la cathédrale d’Albi (A. Auriol, Les fresques de la chapelle Sainte-Croix à Sainte-Cécile d'Albi, dans les Annales du Midi, t. XXXVI [1924], p. 429).