‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 202 sur 429 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

3. Entendez : j'ai vu toutes les principales montagnes d'Italie et d’Espagne, et on eût fait passer plus aisément l'artillerie par ces montagnes (que par celles dont il est ici question). — Sur le voyage de Commynes en Espagne, ici une fois de plus rappelé, cf. notre Introduction, p. vi.

PASSAGE DES APENNINS (28 juin-3 juillet 1495) 161

ceste offre par condition que le roy leur pardonneroit, ce qu’il feist. Et y avoit quatorze pièces de grosse artillerie et puissante. Au partir de ladite vallée, commençoit-l’on à monter par ung chemin fort droict, et veïs des mulletz y passer à très grand peyne. Ces Almans se couploient deux à deux de bonnes cordes et s’y" mettoient cent et? deux cens à la foiz; et quant ceulx-là estoient las, il s’y° en mettoit d’aultres. Et‘, non obstant cela, y estoient les chevaulx de l'artillerie ; et toutes gens qui avoient train, de la maison du roy, prestoient chascun ung cheval, pour cuyder passer plus tost ; mais, si n’eussent esté les Almans, les chevaulx ne l’eussent jamais passée.

Et, à dire la verité, ilz ne passèrent point seullement l’artillerie ; mais, s’ilz ne* fussent, la compaignée ne passoit jamais’. Aussi ilz furent bien aidéz ; car ilz avoient aussi bon besoing et aussi grant vouloir de passer que les aultres ; et firent largement de choses mal faictes, mais le bien passoit le mal'. Le plus fort n’estoit point de monter, car incontinent après on y trouvoit une vallée ; car le chemin est tel que la nature l’a faict et n’y a riens adoubé? ; et failloit mettre les chevaulx à tirer contre mont et aussi les hommes ; et estoit de plus grant peyne, sans comparaison, que le monter, et à toute heure y failloit les charpentiers ou mareschaulx£ ou tomboit quelque pièce qu’on avoit grant poyne à redresseri, Plusieurs eussent esté d’advis de rompre toute la grosse artil-

a. si P.— b. ou éd. Dupont. — c. si P.— d. Et omis dans l'éd. Dupont.— e. n'y éd. Dupont, que suit B. de Mandrot : même sens. — f. si ce n’eust esté le moyen, ame ne fut passé éd. Sauvage ; la compaignie n’eust ame passée éd. Dupont. — g. ou les mareschaulx éd. Dupont.

1. Cf., sur cet exploit, Delaborde, L'expédition de Charles VIIT en Italie, p. 628. La Trémoille dirigea l'opération.

2. Entendez : le chemin est tel que la nature l’a fait et il n'y a rien d’arrangé (aucun ouvrage d'art).

3. C'est-à-dire qu'on faisait faire effort pour retenir à contre-

nte.

Fe Entendez : à toute heure il fallait les charpentiers ou les ma-

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162 LA MARCHE SUR FORNOUE (3 juillet 1405)

lerie, pour passer plus tost ; mais le roy pour riens n’y vouilut* consentir.

Le mareschal de Gié pressoit le roy de se haster, qui estoit à xxx milles de nous? ; et mismes trois jours à le jomdre. Et si avoit les ennemys logéz devant luy en beau champ®, au moins à demvye heue près!, qui en eussent eu bon marché, s’ilz eussent assailly, et puys de nous après. Il fut logé à Forenoue (qui vault à dire ung trou nouveau), qui est le pied de de la montaigne et l'antrée de la playne, bon villaige, pour garder qu'ilz ne nous veinssent assaillir en la montaigne. Mais nous avions meilleure garde que luy, car Dieu must aultre pensée au cueur de noz ennemvys. Car leur avarice fut si grande qu'ilz nous vouloient attendre au plain pays, afin que nens n'eschappast ; car il leur sembloit que des montaignes en hors on eust peü fouyr vers Pise en ces‘ places de Florentins?, mais ilz erroient, car nous estions trop loing ; et aussi, puis que on/ les eust attenduz jusques au joindre :, ilz eussent bien autant chassé que on eust sceü fouyr, et si sçavoient myeulx les chemins que nous.

a. ne le voulloit éd. Dupont. — b. le maréchal de Gié, qui estoit à trente mils de nous, pressoit le roy de se haster éd. Dupont. — c. camp éd. Dupont. — d. à omis par P (que suit B. de Mandrot), mais nécessaire au sens. — e. ses P.— f. aussi quant on éd. Dupont.

réchaux ferrants (pour réparer quelque avarie) ou bien encore quelque pièce tombait et on avait grand'’peine à la redresser.

1. Ils étaient à Giarola, près de Fornoue (Fornovo-di-Taro), province et carcondario de Parme. Cf. Luzio et Renier, Francesco Gonzaga alla bataglia di Fornovo, p. 205. La marche de l'adversaire fut révélée à Charies VIII par un Français résidant en territoire milanais, Jacques Signot (Delaborde, L'expédition de Charies VIII em Italie, p. 631).

2. Entendez : ce qui équivaut à dire « trou nouveau 2. C'est effectivement le sens de /oro novo, mais l'étymoilogie véritable de Farnovo est Forum novum. Sur les détails de la journée de Fornoue, dont il va être question, nous renvoyons essentiellement à Deiaborde, op. cit., p. 633 et suiv.

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