CHAPITRE IX] [LES PRÉLIMINAIRES DE LA BATAILLE DE FORNOUE
[1.] Comment le roy et son armée en petit nombre arrivèrent au lieu de Fornoue, près du camp de ses ennemys, qui l’attendoient en moult bel ordre et deliberéz de le deffaire et de le prendre. — Le roy descendit envyron mydi de la montaigne et se logea audit villaige de Fournoue ; et fut le cinquiesme jour de juillet, l’an mil quatre cens quatre vingt et quinze, par ung dymanche, audit logis! ; et yavoit® grant quantité de farines et de vins et de vivres pour les? chevaulx. Le peuple nous faisoit partout bonne chère (aussi nul homme de bien ne leur faisoit mal) et apportoient des vivres, comme pain, petit et bien noir —et le vendoient cheret au vin les trois pars d’eaue — et quelque poy de fruict, et firent plaisir à l’armée.
J'en feïz achapter, mais je leur feïz faire l’essay<2? devant moy; Car on avoit grand suspection qu'ilz eussent laissé là ces vivres pour empoisonner l’ost ; et n’y toucha-l’on point de prime face. Et se tuèrent deux Suysses à force de boire et prindrent froit et moururent en une cave, qui? mist les gens encores en plus grand suspection'. Mais, avant qu'il fust mynuyt, les chevaulx commencèrent les premiers, et puis les
a. Audit logis y avoit éd. B. de Mandrot. Il n'y a aucun motif de corriger P et de couper autrement la phrase. — b. les omis par l'éd. Dupont. — c. J'en feiz achapter que je laissay éd. Sauvage ; j'en feiz achapter et [faire] l’essay éd. Dupont.
1. La veille, 4 juillet, Charles VIII avait rejoint son avant-garde à Terenzo.
2. Commynes veut dire qu'il fit goûter ces produits aux Italiens qui les offraient ; il voulait les éprouver, redoutant qu'ils fussent empoisonnés.