LES CONSEILLERS DU ROI REFUSENT DE NÉGOCIER
veü que l’yver approuchoit!, qu’il n’y avoit point d’argent et que le nombre des Françoys estoit petit, et plusieurs malades, et s’en alloient chascun jour sans congié, et d’aultres à qui le roy donnoit congié. Mais tous ces signes® ne pouvoient garder ceulx dont ay parlé de mander audit duc d’Orleans qu'il ne bougeast, lequel ilz misdrent en grant peril : et se fioyent sur le nombre des Almans dont nous asseüroit ledit baïlly de Dijon, auquel aulcuns avoient mandé qu’il en amenast ce qu'il pourroit?. Et estions”’ une compaignée mal unye, et chascun disoit et escripvoit ce qu'il vouloit#.
Ceulx qui ne vouloient point d'accord ne que on se trouvast ensemble pour en parler disoient que le roy ne devoit point commencer, mais devoit laisser parler ses ennemys, qui aussi disoient ne vouloir point commencer les premiers. Et tousjours s’avançoyt le temps en la detresse de ceulx de Novarre ; et ne parloient plus leurs lettres‘ que de ceulx qui mouroient de fain chascun jour et que plus ne pouvoient tenir que dix jours, et puys huyt, et telle heure les veïs à trois; mais avant passèrent les termes qu'ilz avoient baillé. A la verité, cent ans avant que nous naquismesÿ, ne souffrirent gens si grant fain°.
a. tous les saiges éd. Dupont. — b. estoit éd. Dupont. — c. Nous suivons pour cette phrase la leçon de P, suivie aussi par B. de Man-
1. On était cependant encore en août-septembre; mais l’approche de l’hiver était redoutée de bonne heure au xv® siècle. C’est ainsi que les ambassadeurs catalans en France en 1463 écrivaient, le 14 septembre, de Paris, que l'hiver venait sur eux : « l’ivern nos ve desobre » (J. Calmette, Louis XI, Jean II et la révolution catalane, p. 484).
2. Il a été question déjà des négociations poursuivies à cette époque en Suisse et plus spécialement de la mission d'Antoine de Baissey, bailli de Dijon (ci-dessus, p. 215, n. 2). Le 26 août, une convention fut signée avec les Suisses. Cf. Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. V, p. 269.
3. Ces divisions sont confirmées par Benedetti, loc. cit., fol. 43.
4. Il est aussi question de ces lettres implorantes dans Benedetti, loc. cit., fol. 45-46.
5. On serait tenté de voir ici une allusion au siège de Calais de
MORT DE LA MARQUISE DE MONTFERRAT (27 août 1495) 223
[2.] De la mort de la marquise de Montferrat et de celle de monsieur de Vendosme. — Et estans les choses en ce train, mourut la marquise de Montferrat, et y eut quelque division leans pour le gouvernement, que demandoit le marquis de Saluces! et, d’aultre part, le seigneur Constantin?, oncle de la feue marquise, qui estoit Grec, et elle“ fille du roy de Servye, tous deux destruictz par le Turc. Ledit seigneur Constantin s’estoit mys fort! au chasteau de Casal et avoité les deux filsc5 en ses mains, dont le plus grand n’avoit que neuf ans, enffans“ dudit marquis et de ceste saige et belle dame, qui estoit morte en l’eage de vingt neuf ans, grande partisanne de‘ Françoys. Autres particuliers taschoient encores audit gouvernement, et en estoit grant question chez le
drot. On lit ailleurs : Brief on n’avoit veü de long temps si grosses necessitéz ; et cent ans avant que fussions néz ne souffrirent gens si grant fain comme ilz souffrirent leans.
a. et elle grecque et fille éd. Dupont. Le texte de P a le même sens. Cf. ci-dessous notre note 1 ; et elle fille éd. B. de Mandrot, ponctuation qui méconnaît le sens. — b. en avoit éd. Dupont. — c. filles P, bar erreur manifeste. — d. enffans omis partout, sauf dans P, que suit B. de Mandrot. — e. des éd. Dupont.
1347, ce qui confirmerait indirectement la naissance de Commynes en 1447 (cf. notre Introduction, p. 11). Notre auteur, qui a rempli des missions à Calais (voir notre Index), a pu y entendre parler du fameux siège soutenu et dramatiquement terminé au temps d'Édouard III.
1. Le marquis de Saluces, Louis, pouvait prétendre droit du chef de sa femme, Jeanne de Montferrat, cousine germaine du jeune Guillaume VIII. Ces droits remontaient à Guillaume VII, père de Jeanne, qui avait gouverné le Montferrat avant le père de Guillaume VIII, Boniface V, dont la veuve, Marie de Serbie, fille d’Étienne Brankovich, venait de mourir, comme l’a déjà annoncé Commynes.