CHAPITRE XXIV
DiscoURS SUR LES FORTUNES ET MALHEURS QUI ADVINRENT A LA MAISON DE CASTILLE AU TEMPS DU SEIGNEUR D'ARGENTON
Dix ou douze jours apprès l’arrivée dudit du Bouchaige et ses compaignons, vint lettres audit du Bouchaige d’ung des heraulx du roy qu’il avoit laissé là pour conduyre ladite ambassade qui devoit venir. Et disoient ces lettres qu’il‘ ne s’esbaïst point si lesdits ambaxadeurs estoient retardéz par aulcuns jours, c’estoit ? pour le trespas du prince de Castille 1, dont les roys°? (car ainsi les appellent) faisoient si merveilleux deul que nul ne le sauroit croire ; et par especial la royne, de qui on esperoit aussi tost la mort que la vie. Et, à la verité, je n’oÿs jamais parler de plus grand dueil qu'il en a esté faict par tous leurs royaulmes, car toutes gens de mestier ont cessé par quarante jours (comme leurs ambaxadeurs me disrent despuys), tout homme vestu de noir, de ces gros bureaulx ;
a. ses lettres qui P. — b. car c’estoit éd. Dupont. — c. les roy et royne éd. Dupont. Parenthèse invertie dans P, que suit B. de Maxdrot : (car ainsi les appellent) dont les roys, ce qui fausse le sens. — d. ses P.
1. Jean de Castille mourut le 4 octobre 1497. Ce n’est donc pas au retour du voyage pour la signature de la trève d’Alcala, postérieure à cet événement, que du Bouchage a pu parler de la maladie de l’infant. Commynes fait ici allusion à un premier voyage du seigneur du Bouchage, en mai. Ainsi tombent les difficultés soulevées et les critiques formulées à l’encontre de Commynes, à propos de ce passage, par B. de Mandrot, au t. II de son édition, p. 371, n. 2, et dans son Introduction, p. LXxx1Ix. On trouvera tout le détail de la discussion touchant ce problème chronologique dans J. Calmette, Contribution à la critique des « Mémoires » de Commynes, dans le Moyen âge, 2° série, t. VIII (1904), p. 201 et suiv.
2. Commynes fait nettement allusion à l'expression castillane : «los reyes ».
Fe Étoffe en laine grossière. Nous n’avons conservé que le mot « Dure ».