LES DEUILS DE LA COUR D’ESPAGNE
et les nobles et gens de bien chevauchoient les mulles® couvertz jusques aux genoulx dudit drap; et ne leur paressoit ? que les yeulx ; et banières noyres partout sur les portes des villes. Quand‘ Madame Marguerite, fille du roy des Romains et seur de monsr l’archiduc d'Autriche, femme dudit prince!, sceüt ceste douloureuse nouvelle, elled, qui estoit grosse de six moys, accoucha d’une fille? toute morte.
Quelles piteuses nouvelles en ceste maison, qui tant avoit receü de gloire et d'honneur, qui plus possedoient de terre que ne fit jamais prince en la chrestienté, venant de succession ; et puys faicte ceste belle conqueste de Grenade et faict partir le roy d’Itallie et faillir à son emprise, qu'’ilz estimoient à grant chose, tant honnouréz par tout le monde! Le pape leur avoit voullu attribuer le nom de très chrestien et l’hoster au roy‘, et plusieurs foiz leur avoit escript ainsi au dessus de leurs briefz qu’il” leur envoyoit; et, pour ce que aulcuns cardinaulx contredisoient à ce tiltre, leur en donna ung aultre en les appellant très catholicques, et ainsi leur escript encores, et est à croire que ce nom leur demeurera? à Romeÿ.
a. chargeoient leurs muletz éd. Dupont. — b. paroissoit éd. Dupont: même sens. — c. quand omis par P; quant éd. Dupont. — d. pour elle P. — e. le pape mesme qui, soubz l’ombre de la conqueste de Grenade, leur avoir voulu attribuer le nom de très chrestien et l’oster au roy de France éd. Sauvage. — f. qui P ; que éd. Dupont. — g. demeura P ; demourera éd. Sauvage ; demourra éd. Dupont ; demeur{r]a éd. B. de Mandrot.
1. Marguerite d'Autriche, délaissée par Charles VIII (ci-dessus, p. 24). Jean de Castille l’avait épousée le 27 mars 1497.
2. Un fils, en réalité, comme l’a dit plus haut Commynes luimême, p. 27. Cf. Sanudo, Diarii, éd. citée, col. 864.
3. Entendez : ce qu’ils estimaient être un résultat important.
4. Entendez : et maintes fois leur avait donné ce titre en tête des « brefs » qu'il leur envoyait.
5. Sanudo, Diarii, éd. citée, col. 424, note la résistance des cardinaux signalée par Commynes. Cf., sur le titre de « rois catholiques » décerné à Ferdinand et Isabelle par Alexandre VI (décembre 1496), Zurita, Anales de la Corona de Aragon, Hernando el Catolico, t. I, fol. 110. Comme le prévoyait Commynes, le titre demeura dans la maison d’Espagne.