‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 372 sur 429 · LES DEUILS DES COURS DE FRANCE ET D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LES DEUILS DES COURS DE FRANCE ET D'ESPAGNE

le roy de Portingal pour prince et pour estre roy après leur decès. Et ung poy de reconfort leur est venu : c’est que ladite dame, princesse de Castille et royne de Portingal, a esté grosse d’enfant* bougeant. Mais icy advient le comble? de leurs douleurs, et croy qu'’ilz eussent voulu que Dieu les eust osté du monde ; car ceste dame, que tant ilz aymoient et prisoient, est morte: en faisant son enffent, et croy qu'il n’y a pas ung moys, et nous sommes en octobre, l’an M CCCC ITIIxx XVIII ; mais le filz est demouré vif, du travail duquel elle est morte, et a nom comme le père Esmanuel!.

Toutes ces grans fortunes leur sont advenues en troys moys d’espace?. Mais, avant le trespas de ceste dame dont j'ay parlé, est advenu en ce royaulme ung aultre grand dueil et desconfort, car le roy Charles, huytiesme de ce nom, dont tant j'ay parlé, estd trespassé3, comme je dyray après. Et semble que Nostre Seigneur ayt regardé ces deux maisons de son visaige rigoureux et qu'il: ne veult point que ung royaulme se mocque de l’autre. Car nulle mutation ne peult

a. d’ung enfant éd. Dupont. — b. Mais il leur advint le double éd. Dupont. — c. mourut éd. Dupont. — d. dont je parle, estoit éd. Dupont. — e. qui P.

1. Isabelle mourut le 24 août 1498 ; la nouvelle était donc toute récente lorsque Commynes écrivait ce passage, au début d’octobre. Cette date est celle de la rédaction des derniers chapitres et des additions complémentaires décelées par le texte des Mémoires. Le fils d'Isabelle et d'Emmanuel qui survécut portait, non comme le dit par erreur Commynes, le prénom de son père, mais le prénom de Michel.

2. Croyant que Commynes vise, dans cette expression, la mort de Jean de Castille et celle de sa sœur Isabelle, B. de Mandrot, au t. II de son édition, p. 375, n. 2, incrimine ici encore la chronologie de l’auteur. Mais celui-ci fait allusion, quand il parle d’un laps de temps de trois mois, aux événements qu'il vient de rappeler, c’està-dire la reconnaissance par les rois catholiques de leurs nouveaux héritiers et le nouveau deuil qui les frappe.

3. Commynes en reparlera un peu plus bas, à la fin du chapitre xxv et au commencement du chapitre XXVII.

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