PROJETS DE RÉFORMES DE CHARLES VIIL
peü, que nul evesque n’eust tenu que son eveschié, s’il n’eust esté cardinal, et cestuy-là deux, et qu'’ilz feüssent alléz se tenir sur leurs beneffices! ; mais il eust eu bien à faire à ranger les gens d’eglise.
Il fit de grands aulmosnes aux mendians. Poy de jours avant sa mort, comme me compta son confesseur l’evesque d’Angiers, qui est notable prelat®2, il avoit mis sus une audience publicque où il escoutoit tout le monde et par especial les pouvres, et s’y° faisoit de bonnes expeditions ; et l'y veïz huyt jours avant son trespas deux bonnes heures; et oncques puys ne le veÿ. Et si ne se faisoit grands expeditions à ceste audience, au moins estoit-ce tenir° le monde en craincte, et par especial ses officiers, dont aulcuns avoit suspenduz pour“ pilleries.
[3.] Et comment il mourut soubdainement sur ce bon propos en son chasteau d’Amboise. — Estant en ceste grand gloyre quant‘ au monde et en bon’ vouloir quant à Dieu, le septiesme d’apvril l’an M CCCC IIIIx XVIII, veille de Pasques fleuries, partit de la chambre de la royne Anne de Bre-
a. mendiants poy de jours... qui est notable prelat. Il éd. Dupont. Nous préférons suivre la ponctuation de B. de Mandrot. — b. si P.— c. tenu P. — d. par P. — e. tant P. — f. bon P. Ce manuscrit semble plus négligé dans ce passage.
1. Commynes veut dire que le roi projetait l'interdiction du cumul des bénéfices ecclésiastiques (sauf dérogation portant à deux le nombre des bénéfices autorisés aux cardinaux) et l'obligation des prélats à la résidence.
2. L’évêque d’Angers était alors Jean de Rély. Peut-être Commynes avait-il fait sa connaissance en 1484, lors des États de Tours, où ce prélat était député de l’église de Paris.
3. Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. 145 ; Recueil des ordonnances, t. XX, p. 631; Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. V, p- 158.
4. On observera que, contrairement à l’usage officiel en France à cette époque, Commynes fait commencer l’année avant Pâques, puisqu'il s’agit ici du jour des Rameaux. Cf. notre remarque cidessus, p. 261, n. 2. Il est vraisemblable que, dès cette époque, on
306 MALADIE DE CHARLES VIII (avril 1498)
taigne, sa femme, et l'’amena quant et luy veoir“ jouer à la paulme ceulx qui jouoyent aux fousséz du chasteau! ; etilne l'y mena jamais? que ceste foiz. Et entrèrent ensemble en une gallerie rompue à cause des ouvraiges ‘2? que on appelloit la gallerie de Hacquelebac, pour ce que cestui-làd l’avoit et autres foiz eu* en garde ; et estoit le plus deshonneste lieu de leans, car tout le monde y pissoit et estoit rompue. Et, à l’entrée’, se hurta du front contre l’huys, combien qu’il fust bien petit®; et puis regarda une pièce?4 les joueurs et divisoit à tout le mondeÿ. Je n’estoye point present, mais sondit confesseur l’evesque d’Angers et ses prouchains chambellans le m'ont compté ; car j'en estoye parti huyt jours avant et allé* à ma maison. Mais la dernière parolle qu’il’ pronunça jamais, en divisant en santé, fut qu’il n’avoit esperance de non faire jamais peché mortel ne veniel, s’il pouvoit.
En disant ceste parolle, cheüt/ à l’enversf et perdit la pa-
a. pour veoir éd. Dupont. — b. et il ne l'y avoit jamais menée éd. Dupont. — c. rompue à cause des ouvraiges n’est que dans P, que suit B. de Mandrot. — d. cestuy Hacquelebac éd. Dupont. — e. l’avoit eue aultrefois éd. Dupont. — f. et estoit rompue à l’entrée éd. Dupont. — g. longtemps éd. Sauvage et éd. Lenglet ; une grant pièce éd. Dupont. — h. allay P. — à. qui P. — j. il cheüt éd. Dupont.
dérogeait, dans l’usage commun, à la tradition officielle de la chancellerie : celle-ci ne changea le millésime 1497 contre 1498 que le 15 avril, jour de Pâques.
1. C'est-à-dire : il l’amena avec lui voir ceux qui jouaient à la paume dans les fossés du château.