‹ Mémoires édités (volume 2)Chapitre 386 sur 429 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

DES OBSÈQUES ET FUNERAILLES DU ROY CHARLES HUICTIESME ET DU COURONNEMENT DU ROY LOYS DOUZIESME DE CE NOM, SON SUCCESSEUR, AVEC LES GENEALOGIES DE FRANCE JUSQUES A ICELLUY.

Son mal“ fut ung quaterre ou appoplesie! ; et esperoient les medicins qu’il luy descendroit sur ung bras et qu'il en seroit percluz, maïs qu'il n’en mourroit point; toutesfoiz il en advint aultrement. Il avoit de bons medicins quatre? ; il n’adjouxtoit foy que au plus fol; et à cestuy-là donnoit de l’auctorité, tant que les aultres n’ousoient parler, que‘ ? voulentiers l’eussent purgé quatre jours avant, car ilz y veoyent les occasions de mort, qui futé. Tout homme courut® vers le duc d’Orleans?, à qui advenoit la couronne comme le plus prouchain.

Les chambellans dudit roy Charles le firent ensepvelir fort richement, et sur l’heure luy commença le service, qui jamais ne faillit ne jour ne nuyt; car quant les chanoynes avoient achevé commençoyent les Cordeliers et quant ilz avoient fyné, commençoient les Bons Hommes, qu'il avoit fon-

a. le mal du roy éd. Dupont. — b. il avoit quatre bons medecins éd. Dupont. — c. qui éd. B. de Mandrot ; la leçon de P, dont le sens est précisé ci-dessous, n. 2, doit être conservée. — d. fut et advint éd. Dupont. — e. couroit éd. Dupont.

1. Sur ces mots employés déjà par Commynes, cf. ci-dessus, p. 306, n. 6.

2. Le sens de « que » est ici « car ». Commynes veut dire que les médecins n'osaient parler, mais sous-entend qu'ils auraient eu quelque chose à dire et explique cette pensée inexprimée.

3. Louis d'Orléans était à Blois. Sa proclamation eut lieu le 9 avril.

OBSÈQUES DE CHARLES VIII (2 mai 1498) 313

déz!. Il demoura huyt jours à Amboize que‘ en une chambre bien tendue et bien parée, que en l’eglise, et toutes choses plus richement que ne furent jamais de roy ; et ne bougèrent d’auprès? du corps tous ses chambellans et prouchains et tous ses officiers. Et dura ce service et ceste compaignée jusques ile fut mys en terre, qui fut bien # l’espace d’un moys ; et cousta quarante cinq mil francs, comme me dirent les gens des finances ?.

Je arryvay à Amboise deux jours après son trespas et allay dire mon oraison là où estoit le corps, et y fuz cinq ou six heures ; et, à la verité, ne veïz jamais semblable deul ne qui tant durast. Aussi ses prouches comme chambellans et dix ou douze jeunes* gentilzhommes qui estoient de sa chambre estoient myeulx traictéz et avoient plus grands estatz et dons que jamais roy ne donna, et trop. Et davantaige/3 la plus humayne et doulce parolle d'homme que jamais fut estoit la sienne ; car je croy que jamais à homme ne dist chose qui luy deüst desplaire. Et à meilleure heure ne pouvoit-il jamais

a.tant éd. Dupont : même sens. — b. d'emprès éd. Dupont. — c. jusques à ce qu'il éd. Dupont. — d. qui bien dura éd. Dupont. — e. jeunes omis dans l’éd. Dupont. — f. trop. Davantage éd. Sauvage et éd. Lenglet ; trop davantaige éd. Dupont.

1. Le couvent des Bons-Hommes (ermites de Saint-François) avait été établi auprès du château du Plessis. Cf. plus haut, p. 82, et notre t. II, p. 294.

2. Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. 747 et suiv.; B. de Mandrot, Ymbert de Batarnay, seigneur du Bouchage, p. 207 et suiv. ; La vraie ordonnance faite par messire Pierre d’Urfé pour l'enlerrement du roy Charles VIII, éd. Techener, Paris, 1875, in-80. L'inhumation eut lieu à Saint-Denis le 2 mai. D’Urfé, comme grand écuyer, dirigea le service; il dépensa environ deux cent mille francs, beaucoup plus, par conséquent, que ne le crut Commynes, et eut en Parlement un procès qu'il perdit, à l’occasion du pillage par ses gens des ornements qui avaient figuré aux funérailles. Il est intéressant de comparer ce que dit ici Commynes des obsèques de Charles VIII avec que qu'il a dit ailleurs de celles de Louis XI. Cf. notre t. II, p. 324.

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