LES ARMEMENTS MARITIMES
estoit pour le roy mons' d’Aubigny!, ung bon et saige chevalier, avecques quelques deux cens lances ou moins. Et y avoit cinq cens hommes d’armes ytaliens aux despens du roy, que conduisoit le conte de Gaïasse, que assés avez oÿ nommer, qui y estoit pour le seigneur Ludovic ; et n’estoit point sans peur que ceste bande ne fust rompue, car nous fussions retournéz et il eust eu ses ennemis sur ses ? bras, qui avoient grant intelligence en cest estat de Millan 2,
L'autre armée estoit par mer, que conduisoit don Fée: frère dudit Alphonce, et estoit à Ligourne et à Pise (car Florentins 4 tenoient encores pour eulx et avoit certain nombre de galées ; et estoit avecques luy messire Bieto d’Auflicque:3 et aultres Genevois, au moyen desquelz il esperoit faire tourner la ville de Gennes, et poy’faillit qu'il ne le fist) et à l’Espesie, près de Gennes#, et à Rappallef, où il mist en terre quelque mil hommes et de leurs partisans. Et sans doubte eussent faict ce qu’ils cherchoient/, si si tost n’eussent esté assailliz ; mais ce jour, ou l’endemain, y arryva le duc Loys d’Orleans, avecques quelques naves et bon nombre de galées, et une grosse galeasse qui estoit myenne’, que patronisoit
a. avec quelques deux cents hommes d’armes du moins éd. Dupont. Même sens dans les deux cas, c’est-à-dire : au moins. — b. les éd. Dupont. — c.en ceste duché de Millan éd. Dupont. — d. car les Florentins éd. Dupont. — e.Breto Dauflicque éd. Dupont; dau Flicque éd. B. de Mandrot. — f. peu éd. Dupont. — g.à Lespecie et à Rapalle, près de Gennes, éd. Dupont. — h. vouloient éd. Dupont.
1. Béraut Stuart, l’un des principaux collaborateurs, et aussi l’un des principaux bénéficiaires de l'expédition. Cf. notre Index.
2. Sur ces opérations, cf. Delaborde, op. cit., p. 386 et suiv. Obietto di Fiesque.
Entendez : Genois.
C'est-à-dire : et il s’en fallut de peu.
La Spezzia et Rapallo, provinces de Gênes.
7. Fierville, Documents inédits sur Philippe de Commynes, p. 20 et suiv., parle d’une galéasse, « la Notre-Dame », qui pourrait être celle dont il est ici question, ainsi que l’a conjecturé B. de Mandrot, au t. II de son édition, p. 137, n. 3.
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BATAILLE DE RAPALLO (5 septembre 1494) 39
ung appellé messire Alberthinely ‘!, sur laquelle estoit ledit duc et les principaulx. En ladite galeasse avoit grand artillerie et grosses pièces ?, car elle estoit puissante? ; et s’approucha si près de terre que l'artillerie desconfit presque les ennemys, qui jamais n’en avoient veü de semblable, et estoit chose nouvelle en Ytalie. Et descendirent en terre ceulx qui estoient ausdits navires.
Et, par la terre, venoient de Gennes, où estoit l’armée, ung nombre de Suisses que menoit le baïlly de Dijon. Et aussi y avoit des gens du duc de Milan, que conduisoit le frère dudit Biete, appellé messire Jehan Loys d’Auflicque‘{, et messire Jehan Adorneÿ,; mais ilz ne furent point aux coups; toutesfoiz firent bien leur devoir et gardèrent certain pas. En effect, dès ce que noz gens joignirent, les ennemys furent desfaictz et en fuitte. Cent ou six vings en mourut, eté huyt ou dix prisonniers : entre les aultres6, ung appellé le Fourgousin?, filz du cardinal de Gennes8. Ceux qui eschappèrent furent tous mis en chemise par les gens du duc de Milan, et aultre mal ne leur firent : et est leur coustume.
Je veïs toutes les lettres qui en vindrent, tant au roy que au duc de Milan. Et ainsi fut ceste armée de mer reboutée, qui
a. Albert Mely éd. Dupont. — b. pierres P, suivi par B. de Mandrot. — c. Jean Loys Dauflicque éd. Dupont ; dau Flicque éd. B. de Mandrot. — d. et omis par P, que suit B. de Mandrot.
1. Alberto Lomelino, dans la traduction de D. Juan Vitrian, Las Memorias de Felipe de Comines (Anvers, 1643, in-fol.), t. II, p. 212.
2. Ces derniers mots justifient la leçon que nous adoptons, à l'encontre de B. de Mandrot. Sur l'artillerie supérieure des Français à cette époque, cf. Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, p. 402. Commynes lui-même en témoignera encore, notamment au ch. xx111 du liv. VIII.
3. Antoine de Baissey. Cf. Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. IV, p. 73.