DUPLICITÉ DES MÉDICIS
despuis ne s’apparut si près!. Au retour, les Gennevois se cuidèrent esmouvoir et tuèrent aulcuns Almans en la ville, et en fut tué aulcuns des leurs ; mais tout fut appaisé.
[2. Politique des Médicis.] — Il fault dire quelque mot des Florentins?, qui avoient envoyé vers le roy, avant qu'il partist de France, deux foiz, pour dissimuler avecques luy. Une“ foiz me trouvay à besongner avecques ceulx qui vindrent en la compaignée desdits seneschal et general3; et y estoient l’evesque d’Aresei et ung appellé ? Pierre Soderin5. On leur
a. L'une éd. Dupont. — b. nommé éd. Dupont.
1. Un moment, le bruit d’une défaite française avait couru (Delaborde, op. cit., p. 401). Il s’agit de la victoire de Rapallo, par laquelle s’inaugure la guerre d'Italie. Charles VIII l’annonce au duc de Bourbon par lettre datée d’Asti le 10 septembre (Lettres de Charles VIII, éd. Pélicier, t. IV, p. 89) et à diverses villes le 11 (Zbid., p. 92).
2. Commynes est d'autant mieux renseigné sur ce qui se passe à Florence qu'il y a des intérêts matériels ; les Médicis le considèrent comme dévoué à leur politique. Cf., sur les attaches florentines de notre auteur, Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, t. II, p. 83 et suiv.
3. Le sénéchal de Beaucaire, Étienne de Vesc, et le « général », c'est-à-dire receveur général, Briçonnet.
4. Gentile Becchi, évêque d’Arezzo. Charles VIII dit en l’entendant : « Je n’ouïs jamais meilleur bec » (Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, p. 301).
5. Pietro Soderini. Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane (Documents inédits), t. I, p. 321 et suiv., publie les instructions données à Becchi et Soderini (20 juillet 1493). Commynes ne parle pas des missions antérieures de deux agents vénitiens avec lesquels il a été cependant en relations, Francesco Nori et Francesco della Casa (Buser, Die Bezichungen der Mediceer zu Frankreich, Leipzig, 1879, in-8°, p. 558 et suiv.). Commynes était partisan d’un accord franco-florentin ; il était hostile aux « dissimulations » qu'il signale ici : témoin sa lettre datée de Vienne, le 6 août 1494, à Lorenzo Spinelli : «Si vous vous mettez en dissimulation, les rapports et les malveillances croistront chascun jour » (Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, t. II, p. 101).