DUPLICITÉ DES MÉDICIS
mendoit ce qu'il vouloit. Toutesfoiz moderéement gouvernoit ceste grand auctorité, car, comme ay® dit, il estoit des plus saiges de? son temps; mais le filz cuydoit que cela luy fust deü par raison et se faisoit craindre moyennant ceste garde ; et faisoit des violances de nuyt et des bateries ; et s’aidoit lourdement de leurs deniers communs. Si avoit faict le père, mais si saigement qu'ilz en estoient presque contents.
A la seconde foiz, envoya ledit Pierre à Lyon ung appellé Pierre Capon! et aultres. Et disoit pour excuse, comme jà avoit faict, que le roy Loys leur avoit commandé à Florence se mectre en ligue avecques le roy Ferrande, du temps du duc Jehan d’Anjou, et laisser son aliance, disant que, puisque par le commandement dudit roy avoient prins ladite aliance, qui duroit encores par aulcunes années, ilz ne pouvoient laisser l’aliance de la maïson d’Arragon; mais que, si le roy venoit jusques là, qu'’ilz luy feroient des services? : et ne cuidoient point qu'il y allast, non plus que les Veniciens. En toutes les deux ambassades en y avoit tousjours quelcun ennemy dudit de Medicis, et par especial ceste foiz ledit Pierre Capon, qui soubz main advertissoit ce que on devoit faire pour tourner la cité de Florence contre ledit Pierre ; et faisoit sa charge plus aigre qu’elle n’estoit, et aussi conseilloit
a. j'ay éd. Dupont. — b. en éd. Dupont. — c. et des batteries lourdement, de leurs deniers commis éd. Dupont. L'explication laborieuse de Me Dupont, au t. II de son édition, p. 330, est rendue inutile par la bonne leçon que fournit P et que nous adoptons après B. de Mandrot. — d. en omis par éd. Dupont.
1. Pietro, fils de Gino Capponi, gonfalonnier en 1493. Les instructions, en date du 30 mars 1494, sont dans Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane (dans la collection des Documents inédits), t. I, p. 369 et suiv. Cf. Ibid., p. 367, une notice sur Capponi.
2. Invoquant l'alliance de 1470, approuvée alors par Louis XI, les Florentins se dérobent. Or Commynes encourageait tout ce qui pouvait être de nature à empêcher le roi de descendre en Italie (Desjardins, op. cit., t. I, p. 321, 411 ; Buser, Die Bezichungen der Mediceer zu Frankreich, Leipzig, 1879, in-80, p. 445, 554).