CHAPITRE VII] [CHARLES VIII DANS LA MILANAIS
[1.] Comment le roy, estant encores en Ast, se resolut de passer oultre vers Napples à la poursuyte de Ludovic Sforce et comment messire Philippe de Commynes fut envoyé en ambassade à Venise. — J'ay dit ce qui advint à Rapalo par mer. Don Federic se retira à Pise et Livorne”, et despuis ne recueillit les gens de pied qu’il avoit mis en terre. Et se ennuyèrent fort les Florentins de luy comme plus enclins — et de tout temps — à la maison de France que à celle d’Arragon. Et l’armée qui estoit en Rommaigne, combien qu'elle fust la plus foible, toutesfoiz leur cas prosperoitet commencèrent poy à poy à reculer ©
a. Cecy je dis éd. Dupont. — b. Ligorne éd. Dupont. — c. commencea peu à peu à reculer éd. Sauvage ; peu à peu à recuellir é4. princeps, que suit MN Dupont. Cette leçon paraît procéder d'un essai malheureux d'interprétation.
1. D’après Desjardins et Delaborde, Commynes aurait mal interprété l'attitude de Capponi. Celui-ci expliqua par une feinte sa conduite à la cour de France dans une lettre publiée par Desjardins, op. cit., t. I, p. 393. Mais la conversion ultérieure de Capponi autorise et justifie les affirmations de Commynes. Cf. notre Index.
2. Entendez : ainsi que Vesc et Briçonnet. Voir ci-dessus, p. 40, n. 3.
3. Lorenzino (Laurent II) et Jean de Médicis, cousins germains et homonymes (du « nom propre ») de Pierre de Médicis.
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CHARLES VIII SE FIE AU MORE (septembre 1494) 45
don Ferrand !, duc de Calabre. Et le roy se mist en oppinion de passer oultre, solicité du seigneur Ludovic et des aultres que ay nommés. Et luy dist le seigneur Ludovic à son arrivée : « Sire, ne craignés point ceste emprise. En Ytalie, at trois puissances que nous tenons grandes, dont vous avez l’une, qui est Milan. L'autre ne bouge, qui sont Veniciens. Ainsi n'avez à faire que à celle de Napples, et plusieurs de vos predecesseurs nous ont batuz, quant nous estions tous ensemble. Quant vous me vouldrez croire, je vous aideray à faire plus grant que ne fut jamais Charlemaigne, et chasserons ce Turc hors de ceste empire de Constantinoble aiséement, quant vous aurez ce royaulme de Naples. » Et disoit vray du Turc qui règne, mais que ? toutes choses eussent esté bien disposées de nostre cousté.
Ainsi se mist le roy à ordonner son affaire selon le vouloir et conduicte dudit seigneur Ludovic; dont aulcuns des nostres eurent envie : et fut quelque chambelan3 et quelque autre (sans propos : car on ne se pouvoit passer de luy ; et estoit pour complaire # à monsr d’Orleans, qui pretend ? droit à ladite duchié) et surtout ce generalÿ, car jà se estimoit grant et y avoit quelque envie entre le seneschal et luy. Et dist ledit Ludovic au roy, pour le faire demourer‘, qui mouvoit ledit general à parler contre luyf; et disoit qu'il tromperoit la
a. y a éd. Dupont. — b. pretendoit éd. Dupont. — c. et dict ledit Ludovic quelque mot au roy et à luy pour le faire demourer éd. Dupont.
1. Entendez : commencèrent à faire reculer peu à peu Ferrand. Cf., sur cette opération, le début du chapitre suivant.