‹ Mémoires édités (volume 3)Chapitre 136 sur 315 · C'est-à-dire : des bêtes de somme · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : des bêtes de somme

NÉGOCIATIONS EN VUE DE LA PAIx (octobre 1465) 83

demourant qu’ilz ne regardoient point où ilz alloient; et tirèrent droit devers Paris, et tant allèrent qu'’ilz entrèrent dedans ung grant boullevart de terre et de bois, que le roy avoit fait faire assez loing hors de la ville, au bout d’une tranchée, et entroit-l’on dedans la ville par icelle. Avecques ledict conte estoyent quatre ou cinq personnes seullement. Comme ilz se trouvèrent leans furent très eshabyz; toutesfois ledict conte tenoit la meilleure contenance qu’il povoite. Il est à croire que nul de ces deux seigneurs ne sont acreüz de joy depuis ce temps-là, veü que à l’un ne l’autre ne print mal,

Comme les nouvelles vindrent à l’ost que ledict seigneur de Charroloys estoit entré dedans ledict boullevart, il y eut très grand murmure, et° se misdrent ensemble le conte de Sainct Pol, le mareschal de Bourgongne, le seigneur de Contay, le seigneur de Hautbourdiné et plusieurs autres, donnans grant charge audict seigneur de Charroloys de ceste follye et autres qui estoyent de sa compaignye, et alleguoyent l’inconvenient advenu à son grant père à Montereau Fault Yonne!, present le roy Charles septiesme‘. Incontinent feirent retraire dedans l’ost ce qui estoit dehors pourmenant aux champs; et usa le mareschal de Bourgongne {appellé de Neufchastel pour son surnom)? de ceste parolle : « Si ce jeune prince fol ou enraigé s’est allé perdre, ne perdons pas sa maison ne le fait de son père ne le nostre. Et pour ce, que chascun se retire en son logis et se tiengne

a. peult P. — b. Cette phrase (il est à croire... ne print mal) manque dans D. Nous la restituons d'après M. Elle se lit aussi telle quelle dans P, sauf le mot ne antépénultième. Cette phrase avait été grattée dans le manuscrit perdu ou « Exemplaire Vieil » de Sauvage. — c. et omis par P. — d. Hambourdin dans D, à cause d'une correction incomplète. Cf. ci-dessus, p. 12, n. 2. — e. D porte fautivement sixiesme, ce que nous corrigeons d'après les autres manuscrits, l'ailusion à l’entrevue de Montereau étant assez claire.

1. Commynes parlera encore de cet assassinat de Jean sans Peur, toujours présent à toutes les mémoires, au Liv. IV, ch. 1x. 2. Ci-dessus, p. 10, n. 3.

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prest, sans soy esbahir de fortune qui adviengne, car nous

sommes suffisans, nous tenans ensemble, de nous retirer

jusques ès marches de Henault ou de Picardie, ou en Bourgongne. »

Après ces parolles, monta à cheval, et le conte de Sainct

Pol se proumenoyt® hors de l’ost?, regardant s’il viendroit

riens de‘ devers“ Paris. Après y avoir esté une longue pièce,

veïrent venir quarante ou cinquante chevaulx, et y estoit

ledict conte de Charroloys et autres des gens du roy qui le

ramenoyent, tant archiers que autres; et comme il les veit

approucher, fist ledict seigneur de Charroloys retourner ceulx

qui laccompaignoyent et adressa sa parolle audict mareschal

de Neufchastel, qu’il craignoit, car il usoit de très aspres pa-

rolles, et estoit bon et loyal chevalier pour son party, et luy

osoit bien dire : « Je ne suys à vous que par emprunt, tant

comme vostre père vivra. » Les parolles dudict conte furent :

« Ne me tensez point, car je congnois bien ma grant folye,

mais je m'en suys apperceü si tard que j’estoie près du boulle-

vart. » Plus® luy dist ledict mareschal en sa presence qu’il

n’avoit faict en son abscence. Ledict seigneur baïissa la teste

£ sans riens respondre et s’en revint dedans son ost, où tous

Le UK estoient joyeux de le revoir et louoit chascun la foy du roy.

« ke. Toutesfois ne retourna oncques depuis ledict conte en sa LASLIY € puissance.

CR GR a. parmenoit P et M, pourmenoit À. — b. hors le champ À.

— c. de omis par À et M. — d. hors de P. — e. puys P, dont B. de Mandrot corrige ici la leçon d'après D.

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