NÉGOCIATIONS ENTRE LES PRINCES
(comme l’on dit des Bretons) et se tenoient en Bretaigne. Ledict seigneur de Lescun, le principal de leurs serviteurs, avoit” maint ambassade allant et venant au roy et à eulx deux, au roy d’eulx, au conte de Charrolois, depuis duc de Bourgogne, et de luy à eulx, du roy audict duc de Bour- Igongne et de luy au roy, les ungs pour sçavoir nouvelles, les autres pour fortraire gens et pour toutes mauvaises mar- Jchandises!, Soubz umbre de bonne foy} Aucuns y allèrent
{ par bonne intention pour cuyder pacifier les choses. Mais c'est grant folie à ceulx qui se estiment si bons et si saiges que de penser que leur presence peut pacifier si grans princes et si subtilz? comme estoient ceulx-cy et tant entenduz à leurs fins, et veü especiallement que de l’ung costé ne de l’autre ne s’offroit nulle raison. Mais il y a de bonnes gens qui ont ceste gloire qu’il leur semble qu’ilz conduyroient des choses là où ilz n’entendent riens, car quelquefois leurs maistres ne leur descouvrent point leurs secrettes pensées.
La compaignie de telz, que je dy, est que le plus souvent ne vont que pour parer la feste, et souvent à leurs despens. Et va tousjours quelque humblet qui a quelque marché à part. Ainsi au moins l’ay-je veü par toutes ces saisons dont je parle et de tous les costéz. Et aussi bien comme j’ay dit que les princes doyvent estre saiges à regarder à quelz gens ilz baillent leurs besongnes entre mains, aussi bien devroient penser ceulx qui vont dehors pour eulx de/ s’entremettre de telz matières; et qui pourroit* s’en excuser et ne s’en
a. Ici D n'a pas corrigé ce nom et nous avons la forme correcte. Mais P écrit Lescut. — b. avoit omis par P.— c. soubstraire P. — d. entendans P et M. — e. A la compaignée de telz, comme je dictz P. — f. de omis par P.—g.en P.—h. Tous les manuscrits ont le singulier. B. de Mandrot corrige pourroient.
1. Commynes décrit ici le va-et-vient d'ambassadeurs entre tous les personnages qu'il cite. « Marchandise » signifie « tractations ».
2. Commynes ne songe pas ici à Charles de France, auquel ce qualificatif ne saurait convenir. Cf. ce qu’il dira lui-même de ce prince au livre II, ch. xv.
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