DÉFAUTS FRÉQUENTS CHEZ LES PRINCES
empescher point, sinon que on veïst que eulx mesmes y entendissent bien et eussent affection à la matière®, seroit bien saige. Et ay congneü beaucoup de gens de bien se y trouver bien empeschéz et troubléz?.
f” J'ay veü princes de deux natures : les ungs sic subtilz et si très suspessonneux, que l’on ne sçavoit comment vivre avecques eulx et leur sembloit tousjours que on les trompoit; les autres se fyoient de‘ leurs serviteurs assez, mais si lourdz et si peu entendans à leurs besongnes qu’ilz ne sçavoient congnoistre qui leur faisoit ou bien ou malt. Et ceulx-là sont incontinent muéz d'amour en hayne et de hayne en amour. Et combien que de toutes les deux sortes s’en treuve bien peu de bons ne là où il y ait ne grand fermeté ne grand seürté, toutesfoys j’aymeroys mieulx tousjours vivre soubz les saiges que soubz les folz, pour ce qu’il* y a plus de façon et manière d’en povoir eschapper et d’acquerir leur grace : car avecques les ignorans ne scet-on trouver nul expédient, pour ce que avec eulx ne fait l’on riens, mais
ecques leurs serviteurs fault avoir affaire’. Toutesfois il
fault que chascun les serve et obeysse aux contrées où ilz se tiennent, car on y est tenu et aussi contrainct.
* Mais, tout bien’ regardé, nostre seulle esperance doit estre en Dieu, car en cestuy-là gist toute nostre fermeté et toute bonté, qui en nulle chose de ce monde ne se pourroit trouver; mais chascun de nous le congnoist tard, et après ce que en avons eu besoing./Toutesfois vault encores myeulx tard que jamais. )
a. et avant seroit dans P.— b. bien broulléz P.— c. si très M. — d. en M.—e. car il P.— f. lesquels sont plusieurs, mots suivis d’un blanc dans M; lesquels sont plusieurs et changent souvent P. — g. bien tout M.
1. Peut-être faut-il soupçonner dans ce passage une allusion maligne à Charles le Téméraire et une justification discrète de l'avoir abandonné.