‹ Mémoires édités (volume 3)Chapitre 157 sur 315 · C'est-à-dire : sous peine de leur tête · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : sous peine de leur tête

102 LE TÉMÉRAIRE CONTRE LIÉGE (octobre 1467)

table de France, qui pour lors s’estoit de tous pointz reduyt au roy et se tenoit avecques luy!; et, avecques le cardinal Balue? et autres? envoyéz, signifièrent audit duc de Bourgongne comme les Liégeoys estoient alliéz du roy et comprins en sa trefve, et l’advertissant qu'il leur donneroit secours en cas que le duc de Bourgongne les assaillist. Toutesfois offrirent que, s’il vouloit consentir que le roi peüst faire la guerre en Bretaigne, que ledict seigneur le laisseroit faire avec lesdictz Liégeoys. Leur audience fut courte et en publicque et ne demourèrent que ung jouri.

Ledict duc de Bourgongne disoit pour excuse que lesdictz Liégeoys l’avoient assailly et que rompture de la trefve venoit d’eux et non pas de luy et que pour telles raisons ne devoit habandonner ses alliéz. Les dessusdictz embassadeurs? furent despechéz‘. Comme ilz voulurent monter à cheval, qui estoit le lendemain de leur venue, leur dist tout hault qu'il supplioit au roy non vouloir riens entreprendre sur le pays de Bretaigne. Ledict connestable le pressa, disant : « Monseigneur, vous ne choysissez point, car vous prenez tout et voulez faire la guerre à vostre plaisir à noz amys et nous tenir en repoz sans OZer Courre sus à noz ennemys, comme vous faictes aux vostres. Il ne se peult faire ne le roy ne le souffriroit point. »

a. les secourroit P. — b. dessusdictes embassades P et M. — c. despechées P et M.

1. Il avait épousé, le 1°" août 1466, Marie de Savoie, sœur de la reine.

2. La vie agitée de ce personnage a été étudiée par Forgeot, le Cardinal Balue (Bibliothèque de l’École des hautes études; sciences historiques, fasc. 106).

3. La Driesche et Jean Prevost (Lenglet, éd. de Commynes, t. II, p. 190; Jean de Roye, éd. B. de Mandrot, t. I, p. 192).

4. Chastellain, Chronique, liv. VII, ch. xxxv, éd. Kervyn, t. V, p. 354, détaille ces événements. Il y eut deux ambassades de Saint-Pol : la première à Bruxelles, avec Balue et ses compagnons; la seconde à Louvain (septembre-octobre 1467).

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Ledict duc print congié d’eulx en leur disant : « Les Liégeois sont assembléz et me attendz de avoir la bataille avant qu’il soit trois jours. Si je la perdz, je croy bien que vous en ferez à vostre guyse; mais aussi, si je la gaigne, vous laisserez en paix® les Bretons. » Et après monta à cheval, et lesdictz embassadeurs allérent en leurs logeïs s’aprester pour eulx en aller. Et luy, party dudict lieu de Louvain en armes et à très grosse compaignie, alla mectre le siège devant une ville appellée Sainct Trond?1. Son armée estoit très grosse, car tout ce qui estoit peü venir de Bourgongne s’estoit venu joindre avecques luy. Et ne luy vëyz jamais tant de gens ensemble, à beaucoup près.

Ung peu avant son partement avoit mis en deliberation s’il feroit mourir ses ostaiges ou qu’il en feroit. Aucuns oppinèrent qu’il les feïst mourir tous, et par especial ledict seigneurs de Contay, dont plusieurs fois ay parlé; et jamais ne l’ouy parler si mal ne si cruellement que ceste fois. Et pour ce est bien necessaire à ung prince d’avoir plusieurs gens à son conseil, car les plus saiges errent aucunes fois très souvent; ou pour estre passionnéz aux matières de quoi l’on parle ou par amour ou par hayne ou pour vouloir dire l'opposite d’un autre, et aucunes fois pour la disposition® des personnes : car on ne doit point tenir pour conseil ce qui se fait après disner. Aucuns pourroient dire que gens faisans aucunes de ces faultes ne devroient estre au conseil d’ung prince. À quoy fault respondre que nous sommes tous hommes, et qui les vouldroit cercher telz que jamais ne faillissent à parler saigement, ne jamais ne se meüssent plus une fois que aultre, il les fauldroit cercher au ciel, car on ne les trouveroit pas entre les hommes. Mais en rescom-

a. sermonner M; sejourner P. — b. Saincton D. — c. l’indisposition P. — d. ne s'émissent P; se meïssent B et M.

1. Saint-Trond. Vainqueur à Brusthem, Charles ne trouve plus de résistance. Cf. Pirenne, Histoire de Belgique, €t. Il, p. 283; 3° éd. (1922), p. 309; G. Kurth, La cité de Liége au moyen âge, t. III, p. 264 et suiv.

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pense aussy®, et y aura tel au conseil qui parlera très saiy | gement et très bien qui n’aura accoustumé de ainsi le faire souvent; et ainsi les ungs radressent les autres.

/ É= Retournant à noz oppinions, deux ou trois furent de cet

advis, estimant la grandeur et le sens dudict Contay; car en Ç tel conseil se? treuve beaucoup gens (et en y a assez) qui ne >| parlent que après les autres, sans guères entendre aux matières, et desirent à complaire à quelcun qui aura parlé, qui ‘ \sera homme estant en auctorité. Après, en fut demandé à monseigneur de Humbercourt, natif d’emprès Amyens, ung des plus saiges chevaliers et des plus entenduz que je congneü jamais, lequel dit que son oppinion estoit que‘, pour de touz pointz mectre Dieu de sa part et donner à congnoistre à tout le monde qu’il n’estoit cruel ne vindicatif, qu’il delivrast tous les trois cens ostaiges; et veü encores qu’ilz se y estoient mys en bonne intencion et esperance que la paix se tint, mais que l’on leur dist, au departir, la grace que ledict duc leur faisoit, leur priant qu’ilz taschassent à reduyre ce‘ peuple en bonne paix et que, en cas qu’ilz ne voulsissent à ce’ entendre, que au moins eulx, recongnoissans la bonté que on leur faisoit, ne se trouveroient en guerre contre luy ne leur evesque, lequel estoit en sa compaignie. Ceste oppinion fut tenue!, et feïrent les promesses les dessusdictz® ostaiges en les delivrant. Aussy leur fut dit que si nul d’eulx se declairoit en guerre et fussent prins, qu’il leur cousteroit la teste; et ainsi s’en allèrent.

11 me semble bon à dire! que, après que ledict seigneur de : Contay eut donné ceste cruelle sentence contre ces pouvres |ostaigiers, comme avez ouy‘, dont une partie d’eulx s’es- ‘toient mys par vraye bonté, eulx estans en ce conseil, me

a. aussy omis par P.— b.s’i P.— c. que omis par M.— d.esperantz P. — e. M intercale pouvre. — f. P omet à ce. — g. les promesses dessusdictes P. — h. advis À. — i. P ajoute dire.

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