Is y parvinrent le
Commrynes. 10
Go gle UNIVERSITY OF W
146 LA MARCHE SUR LIÉGE (15-25 octobre 1468)
là au pays du Liège. C’estoit en l’entrée de l'yver et estoit le temps très mauvais!. Le roy avoit avecques luy les Escossoys de sa garde et gens d’armes peu; mais il en fist venir jusques à trois cens hommes d'armes.
L'armée dudict duc estoit en deux parties. L’une menoit le mareschal de Bourgongne, dont vous avez ouy parler cy dessus?, et y estoient tous les Bourguygnons et ces seigneurs de Savoye dont vous avez ouy* parler; et avecques eulx, grant nombre de gens du pays de Henault, de Luxembourg et de Namur et de Lambourg. L’autre partie estoit avecques ledict duc. Approchans de la cité, se tint ung conseil, present ledict duc, où aucuns advisèrent qu’il seroit bon de renvoyer partie de l’armée, veü que ceste cité avoit les portes et murailles rasées de l’an precedant et que de nul costé n’avoyent esperance de secours; et aussi que le roy estoit là en personne contre eulx, lequel ouvroit aucuns partiz pour eulx, presque telz que on les demandoit.
Ceste oppinion ne pleüt pas audict duc, dont bien luyé print, car jamais homme ne fut si près de perdre le tout. Et la suspicion qu’il avoit du roy luy fist choisir ce saige party, et estoit très mal advisé à ceulx qui en parloyent de penser estre trop fort. C’estoit une très grande espèce d’orgueil ou de follie. Et maintesfois ay ouy telles oppinions. Et le font quelques fois les capitaines pour estre estiméz de hardiesse ou pour n’avoir asséz congnoissance de ce qu’ilz ont à faire; mais quant les princes sont saiges, ilz ne s’y arrestent point. Cest article entendoit bien le roy nostre maistre, à qui Dieu face pardon; car il estoit tardif et craintif à entreprendre, mais à ce qu’il entreprenoit il y pourvoyoit si bien
a. vous ay ci P. — b. P intercale en après luy.
1. Les souvenirs de Commynes sont ici très précis. Le mauvais temps est confirmé par une lettre de Jean Mazille, échanson du duc de Bourgogne, citée par M'° Dupont parmi les preuves de son édition, t. III, p. 242 : « Il a bien fait le temps pour morfondre gens et chevaux. »