Mot pris au sens étymologique de « suite
3, C'est-à-dire : d'opinion. La lecture « des siens », encore
OPÉRATIONS EN PICARDIE (février 1471) 183
laveugléz et se faisoient la guerre sans en entendre les motifz ne l’ung ne l’autre, qui estoit une merveilleuse habilité à ceulx qui conduysoient l’œuvre“; et-leur povoit-on -biendire que l’une moitié du monde ne scet point commenté l’autre se gouverne.
Or toutes ces choses dont j’ay parlé en ces articles precedens advindrent en bien peu de jours. Car, après la prinse d’Amyens, en moins de quinze jours, ledict duc se mist aux champs auprès d’Arras, car il ne se retira point plus loing, et puis tira vers la rivière de Somme et droit à Picquigny!. En chemin, luy‘ vint ung messaige du duc de Bretaigne, qui n’estoit que ung homme à pied, et dist au duc de par son maistre comme le roy luy avoit fait sçavoir plusieurs choses : entre les autres, les intelligences qu’il avoit en plusieurs grosses villes, dont, entre aucunes, nommoit Anvers, Bruges et Brucelles. Aussi l’advertissoit ledict duc comme le roy estoit deliberé de l’assieger en quelque ville qu’il le trouvast et fust-il dedans Gand; et croy que le duc de Bretaigne mandoit tout cecy en faveur dudict duc de Guyenne et pour le mieulx faire joindre à ce mariaige.
Mais le duc de Bourgongne print très mal en gré ces advertissemens que le duc de Bretaigne luy faisoit et respondit au messaige incontinent et sur l’heure que son maistre estoit mal adverty et que c’estoient aucuns mauvais serviteurs qu’il avoit qui luy vouloient donner ces crainctesé, affin qu’il ne feiïst son devoir de le secourir comme il estoit obligé par ses alliances, et qu’il estoit mal informé quelz villes estoient Gand ne les villes où il disoit que le roy l’assiègeroit et qu’elles estoient trop
a. Tout le passage depuis aveugléz manque dans P.— b. comme P. — c. leur P. — d. ce courroux et ces craintes P.
maintenue par B. de Mandrot dans son édition, t. I, p. 185, a peu de sens. Cf. la même expression ci-dessus, p. 56, n. 2.
1. Le 13 février 1471, le duc se remet en marche. Sur son itinéraire, voir l’édition Lenglet, t. II, p. 197-198.
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grandes pour assièger; mais qu'il deïst à son maistre la compaignie en quoy il le trouvoit et que les choses estoient autrement, car luy deliberoit de passer la rivière de Somme et de combattre le roy, s’il se trouvoit en son chemin pour l’en garder; et qu’il vouloit prier audict duc son maistre de par luy qu’il se voulsist declairer en sa faveur contre le roy et luy estre tel comme le duc de Bourgongne luy avoit“ esté en faisant le traicté de Peronne.
L’endemain s’aprocha le duc de Bourgongne d’ung lieu sur la rivière de Somme qui s'appelle Picquigny, une assiette très forte; et là auprès deliberoit ledict duc de faire ung pont dessus la rivière pour passer Somme. Mais, par cas d’aventure, y avoit dedans la ville de Picquigny logé quatre ou cinq cens francs archiers et ung peu de nobles. Ceulx là, comme ilz veïrent passer le duc de Bourgongne, saillirent à l’escarmouche du long d’une chaussée qui estoit longue et se misdrent si avant hors de leur place qu’ilz donnèrent occasion aux gens du duc de Bourgongne de les chasser; et les suyvirent de si près qu’ilz en tuèrent une partie devant qu’ilz peüssenté gaigner la ville, et gaignèrent le faulxbourg de ceste chaussée. Et puis on° amena quatre ou cinq pièces d'artillerie, combien que, par ce costé, la ville fust imprenable, parce qu’il y avoit rivière entre deux. Toutesfois ces francs archiers eurent paour, pour ce qu'on faisoit ung pont, qu’on ne les assiègeast de l’autre costé. Ainsi, ilz desemparèrent la place et s’en fuyrent. Le chasteau tint deux ou trois jours, et puis s’en allèrent tous en pourpointf.
Ce petit exploict donna quelque cueur au duc de Bourgongne, et se logea ès environs d’Amyens?2. Il y feït deux ou
a. auroit P. — b. sceüssent P. — c. on manque dans D.
1. Wavrin, Chroniques, 6° partie, liv. VI, ch. xx, éd. Dupont, t. II, p. 70, date la prise de Picquigny du 25 février 1471; elle serait de la veille au soir, d’après un texte donné dans l'édition Lenglet, t. IL, p. 197.
2. De Belloy, où il campe le 24 février, il va successivement à Pont-de-Metz, à l’abbaye de Saint-Acheul, à la Pierre d'Amiens (voir l'édition Lenglet, t. II, p. 197-198).
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OPÉRATIONS EN PICARDIE (Mars-avril 1471) 185
trois logeïs{, disant qu’il tenoit les champs, eos le roy le vouloit venir combattre. Et, à la fin, se approcha fort près de la ville, et si près que son artillerie tiroit à coup perdu dedans la ville3. Et là se tint six sepmaines. En ladicte ville avoit bien quatorze cens hommes d’armes de par le roy et quatre mil francs archiersi. Et y estoient monsr le connestables et tous les grandz chefz de ce royaulme, comme grand maistre, admiral, mareschaulx, seneschaulx, et largement gens de bien.
Le roy fut cependant à Beauvais5, où il feïst une bien grande assemblée; et estoient avecques luy le duc de Guyenne, son frère, et le duc Nicolas de Calabre f(filz aisné du duc Jehan de Calabret et de Lorraine et seul heritier de la maison d'Anjou). Avecques le roy estoient les nobles du royaulme assembléz par manière d’arrière ban. Et ne fault point doubter, à ce que depuis j’ay entendu, que ceulx qui estoient avecques le roy n’eussent desjà grande et bonne voulenté de combatre. Mais le roy commençoit desjà‘ congnoistre la malice de ceste entreprinse, et veoyent
a. P omet perdu.— b. Les mots entre parenthèses jusqu'à Calabre sont en marge dans B. — c. Les mots combattre, mais le roy commençoit desjà sont omis par tous les manuscrits, sauf P, d’après lequel nous les rétablissons, car le sens l'exige.