ÉDOUARD IV EN HOLLANDE
priséz et estiméz et que on dira que ilz auroient* courageusement parlé. Je ne sçay que on dira devant eulx, mais les saiges tiendront telles parolles à grant follie, et est honneur de craindre ce que l’on doit et de y bien pourveoir. C’est grand richesse à ung prince d’avoir en sa compaignie ung saige homme et bien seür pour luy et le croyre et que cestuy-là ayt loy de luy dire vérité.
D’avanture, monsr de la Grutuse!, gouverneur pour le duc de Bourgogne en Hollande, estoit lors au lieu où ledict roy Edouard vouloit descendre, lequel incontinent en fut adverty (car ils misdrent gens en terre) et aussi du peril en quoy il estoit des Oustrelins, lequel envoya incontinent deffendre ausdicts Oustrelins de ne luy toucher; et alla en la nef où ledit roy estoit et le recueillit; et descendit en terre, et bien quinze cens hommes avecques luy; et y estoit le duc de Clocestre2, son frère, qui depuis s’est fait appeller roy Richard. :
Ledit roy n’avoit ne croix ne pille3 et donna une robbe fourrée de belles martres au maistre du navire, promectant luyd myeulx faire le temps à venir. Si pouvre compaignie ne fut jamais. Mais ledict seigneur de la Grutuse feït honorablement, car il donna plusieurs robbes et desfraya tout jusques à la Haye, en Hollande, où il le mena, et puis advertit monsr de Bourgongne de ceste adventure.
Lequel fut merveilleusement effroyé de ces nouvelles et eust beaucoup myeulx aymé sa mort, car il estoit en grant soucy du conte de Warvic, qui estoit son ennemy et avoit la maistrise en Angleterre. Lequel, tost après sa descente, trouva nombre infiny de gens pour luy. Car cest ost que avoit laissé le roy Edouard, par amour et par craincte se
a. auront P. — b. P ajoute la. — c. c’est D. — d. leur P.