‹ Mémoires édités (volume 3)Chapitre 256 sur 315 · ÉDOUARD IV EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

ÉDOUARD IV EN HOLLANDE

combattans; et leur avoient porté grant dommaige en ceste année là et prins plusieurs navires. Lesdictz Oustrelins apperceürent de loing ces navires, où estoit le roy fuyant, et commencèrent à luy donner la chasse, sept ou huict navires qu’ilz estoient. Il estoit loing devant eulx et gaingna la coste® de Hollande out encores plus bas, car il arriva en Frize, près d’une petite ville appellée Alquemare{, et ancrèrent son navire, pour ce que la mer estoit retirée?, et ilz ne povoient entrer au havre, mais° au plus près de la ville qu’ilz peürent. Les Oustrelins vindrent semblablement encrer assez près de luy, en intention de le joindre à la marée prochaine.

Ung mal ne’ ung peril ne vient jamais seul. La fortune de ce roy estoit bien changée, et ses pensées. IL m'y- Avoit que quinze jours qu’il eust esté bien esbahy qui luy eust dit : « Le conte de Warvic vous chassera d'Angleterre | et en unze jours en aura la maïistrise®. » Car non plus ne meiïst- \il à en avoir l’obeissance. Et avecques ce, il se mocquoit du duc de Bourgongne, qui despendoit son argent à vouloir deffendre la mer, disant que jà le vouldroit en Angleterre! Et quelle excuse eust-il sceü trouver d’avoir faict ceste grant perte, et par sa faulte, sinon dire : « Je ne pensoys pas que telle chose advint. » Bien devroit rougir ung prince (s’il avoit aage) de trouver telle excuse, car elle n’a point de lieu.

Bel exemple est cestuy-cy pour les princes qui jamais n'ont craincte ne doubte de leurs ennemys et le tiendroient/ à honte; et la pluspart des serviteurs soustiennent leur oppinion pour leur complaire; et leur semble qu’ilz en seront

a. le coste M; le couste P.— b. ou manque dans D.— c. mais est en surcharge dans D et fait défaut dans P. — d. M omet ne. — e. P ajoute et domination. — f. tiendront P.

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