Entendez : de ce qu'il
OUTRECUIDANCE DE SAINT-POL (Mai 1474) 249
il luy sembla avoir esté follie d’aller parler‘ à son serviteur et l’avoir ainsi trouvé? une barrière fermée au devant de luy et accompaigné de gens d’armes, tous ses subjectz et payéz à ses despens. Et si la hayne y avoit esté par avant grande, elle estoit encores plus; et, du costé dudict connestable, le cueur ne luy estoit point apetisséi.
[CHAPITRE XII
[RÉFLEXIONS SUR L'AVENTURE DU COMTE DE SAINT-POL ET LES PROCÉDÉS DE Louis XI]
A bien prendre le faict du roy, il luy procedoit de grant sens ce qu’il en fit, car je croy que ledict connestable eust esté receü du duc de Bourgongne en luy baïillant Sainct Quentin, quelque promesse qu’il y eust eu au contraire.
Mais, pour ung si° saige seigneur qu’estoité ce connestable, il prenoit mal son fait ou Dieu lui ostoit la congnoissance de ce qu’il avoit affaire, de se trouver en telle sorte ainsi desguysé au devant de son roy et de son maistre et à qui estoient tous les gens d’armes dont il s’accompaignoit. Et aussi il sembloit bien à son visaige qu’il en fust estonné et esbahy. Et‘ quant” il se trouva en sa presence, il n’y avoit que une petite barrière entre deux, il ne tarda guères qu’il ne la feïst ouvrir et passa du costé du roy. Il fut ce jour en grant dangier.
a. il luy sembla follie d’avoir esté parler P. — b. À intercale en. — c. Nous restituons d’après les autres manuscrits le mot si omis par D. — d. comme estoit P. — e. car P. — f. quant omis par P.
1. C'est-à-dire : diminué, rapetissé. Avoir traité avec le roi sur un pied d’égalité ne pouvait que gonfler davantage le comte de Saint-Pol, et c'est ce que veut faire entendre Commynes.
lé he Pi monde, je conseilleroye à ung mien amy, si je l’avoye, qu’il
250 LOUIS XI NE PARDONNE PAS A SAINT-POL (Mai 1474)
Je faiz mon compte que luy et aucuns de ses privéz estimoient ceste œuvre et tenoient à louenge de ce que“le roy les craignoit et tenoient le roy pour homme crainctif. Et estoit vray-qu'il l’estoit?1; mais il failloit bien qu’il y eust cause. Il s’estoit desmeslé de grans guerres qu'il avoit eues contre les seigneurs de son royaulme par largement donner et encores plus promectre et ne vouloit riens hazarder qu’il peüst trouver autre voye.
Il a semblé à beaucoup de gens que paour et craincte luy faisoient faire ces choses; et s’en sont beaucoup trouvéz trompéz ayans ceste ymagination, lesquelz s’enhardissoient d'entreprendre contre luy, comme le conte d’Armygnac et autres, à qui il est mal prins : car il congnoissoit bien s’il estoit temps de craindre ou non‘. Je luy ose bien porter ceste louange (et ne sçay si je l’ay dit aïlleurs, et quant je l’auroye dit, si vault-il bien de dire deux foiz) que jamais je ne congneü si saige homme.en adversitéz2.
Pour continuer mon propoz de monsr le connestable, qui par adventure desiroit que le roy le craignist : ou au moins je le cuyde, car je ne le vouldroye pas charger ny en parler, sinon pour en advertir ceulx qui sont aux services des grans princes qui n’entendent pas tous d’une sorte3les affaires de ce
meïst peine que son maistre l’aymast, mais non point qu’il le
a. de quoy P. — b. que par temps l’estoit P. — c. La fin de l'alinéa depuis et ne vouloit rien hazarder manque à tous les manuscrits, sauf D. Le « vieil exemplaire » de Sauvage portait : et ne vouloit rien hazarder s’il povoit trouver autres voyes. P finit ainsi la phrase : et congnoissoit lors qu’il avoit erré en beaucoup de passaiges. — d. qu’ilz s’enhardissoient d’entreprendre des folies contre luy qui estoient feublement appuyées P. — e. nom D.
1. Réflexion à rapprocher du jugement porté plus haut par Commynes dans le portrait qu’il a tracé du roi, ci-dessus, p. 67.
2. Commynes l’a déjà dit, en effet, dans son portrait de Louis XI. Cf. ci-dessus, p. 67.