PROLOGUE
Monsieur l'arcevesque! de Vienne, pour satisfaires à la requeste qu’il vous a pleu me faire de vous escrire et mettre par memoire ce que j'ay sceu et congneu des faictz du roy Loys unziesme, à qui Dieu face pardon, nostre maistre et \bienfaicteur, et prince digne de très excellente memoire, je ‘ay faict le plus près de la verité que j’ay peu et sceu avoir
ouvenance.
Du temps de sa jeunesse ne scauroye parler, sinon par ce que je luy en ay ouy parler et dire; mais, depuis le temps que je veins en son service?, jusques à l’heure de son trespas, où j’estoye present, ay faict plus continuelle residence avec luy que nul autre, de l’estat à quoy? je le servoye, qui, pour le moins, a tousjours esté de chambellan, ou occuppé en ses grans affaires. En luy et tous autres princes que j'ay congneuz ou servy, ay congneu du bien et du mal, car ilz sont hommes comme nous. A Dieu seul appartient la perfection. Mais quant en ung prince la vertu et bonnes condicions precèdent3 les vices, il est digne de grand louenge, veu qu’ilz sont plus enclins a toutes choses voluntaires que autres hommes, tant pour la nourrituref et petit chastoy5
a. satiffaire D. — b. en quoy dans P.
1. Sur ce personnage (Angelo Cato), voir p. xi1. 2. Sur les dates dans Commynes, voir p. xv. 3. C'est-à-dire : surpassent. C’est le sens latin du mot. Ce sens est fréquent chez notre auteur.
4. C'est-à-dire : l'éducation. Sens fréquent en vieux français. 5. C'est-à-dire : le peu de correction.
Commynes. 1
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