‹ Mémoires éditésChapitre 123 sur 379 · BUTIN FAIT PAR LES SUISSES A GRANSON · texte numérisé non relu

BUTIN FAIT PAR LES SUISSES A GRANSON

Les despouilles de son ost enrichirent fort ces pouvres gens de Suysses, qui, de prime face, ne congneürent les biens qu'ilz eurent entre“ les mains, et par especial les ignorans. Ung des plus beaulx et riches pavillons! du monde fut departy en plusieurs pièces. Il y en eut qui vendirent grand quantité de platz et escuelles d’argent pour deux grans blancs? la pièce, cuydant que ce fust estaing. Son gros dyamant, qui estoit ung des plus gros de la crestienté, où pendoit une perle?ä, fut levé par ung Suysse, et puis remys en son estuy et gecté° soubz ung charriot; puis le revint querir et l’offrit à ung prestre pour ung florin. Cestuy-là le renvoya à leurs seigneurs, qui luy en donnèrent trois francs. Ilz gaignèrent trois balletz4 pareilz appelléz les troys frères. Une autre grand balle®, appellée la hotte, une/ autre appellée le balle de Flandres?, qui estoient les plus grandes et les plus belles que l’on trouve, et d’autres biens infiniz, qui depuis leur ont bien donné à congnoistre que l’argent vault. Car les victoires et estimations en quoy le roy les mist dès lors et les biens qu’il leur a faictz leur ont fait recouvrer infiny argent.

Chascun embassadeur * des leurs qui vint devers le roy, à ce commencement, eut grans dons de luy en argent ; et par ce moyen les contentoit de ce qu’il ne s’estoit declairé pour eulx et les renvoyoit les bourses plaines et revestuz de draps de

soye. Et se print à leur promettre pension, qu’il paya bien

a. en P.— b. trois belles perles P. — c. rejecté P. — d. varletz À. — e. varlet À; ballay P. — jf. ung À. — g. le varlet de Flandres À. — h. embasadeur D.

x. Le mot « pavillon » désigne une grande tente.

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