Entendez : avec une souffrance aiguë
3. On pourrait citer maints accès de colère du Téméraire. Rappelons seulement le souvenir personnel que rapporte Olivier de la Marche (Mémoires, liv. II, ch. vin, éd. Beaune et d’Arbaumont, t. III, p. 236) à propos de l'échec partiel de l'attentat commis contre la famille de Savoie : « Et devez sçavoir que le duc fit très mauvaise chière à toute la compaignie, et principallement à moy ; et fus là en dangier de ma vie. » Une secrète joie d’avoir quitté, à temps, un tel maître transparaît à travers le passage de Commynes.
OFFENSIVE DU DUC DE LORRAINE (août 1476) 131
avoit perdues, entreprint de reconquerir ledict pays de Lorraine à l'ayde des Suysses et de la faveur et ayde secrette que le roy luy faisoit et comme ledict duc de Lorraine veprint Nancy. — Pendant ces six sepmaines, ou environ, qu'il sejourna avecques bien peu de gens — qui n’estoit point de merveilles ! après avoir perdu deux si grosses batailles, comme vous avez ouy — et que plusieurs nouveaulx ennemys se furent declairéz et les amys refroidiz et les subjectz rompus et deffaictz et commençoient à entrer en murmure et avoir leur maistre en mespris, ainsi qu'il est bien de coustume, comme j’ay dit, après telles adversitéz ?.
Plusieurs places petites furent prinses sur luy en ceste Lorraine, comme Vauldemont, qui jà estoit prins®, Espinal et autres après. Et de tous costéz se commencèrent à esveiller gens pour luy courre sus ; et les plus meschans estoient les plus? hardiz3. Et, sur ce bruyt, le duc de Lorraine assembla quelque peu de gens° et se vint loger devant Nancy. Des petites villes prochaines , il en tenoit la pluspart. Toutesfois
a. qui ja estoit prins fait défaut dans D. Nous restituons ces mots d'après les autres manuscrits. — b. les plus omis dans les manuscrits autres que D.— c. Les manuscrits autres que D ajoutent et du peuple. — d. places d'environ P et M.
1. L'auteur veut dire qu’il n’y a pas à s'étonner si peu de gens se tenaient auprès du Téméraire, étant donné le danger qu’on courait à se trouver à sa portée.
2. L'attitude des sujets du duc, en particulier des Bourguignons du duché, à la fin du règne de Charles le Téméraire, a donné lieu à des légendes et à des discussions. Nous ne pouvons ici que renvoyer à J.Billioud, Les États de Bourgogne aux XI V° et XV® siècles, P. 146 à 153, chapitre intitulé : D’un mot historique prêté aux Etats réunis par le Téméraire après Morat. Cf. J. Calmette, compterendu dudit ouvrage, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. LXXXIV (1923), p. 187.
3. Phrase à rapprocher de cette autre, plus imagée, de Molinet, éd. Buchon, t. I, p. 205 : « Ses ennemis, qui par avant se tenoient quasi en muce, boutèrent leurs cornes dehors. »
4. René de Lorraine vint de Strasbourg, en août, se présenter
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132 CAMPAGNE DE LORRAINE (août-octobre 1476)
le duc de Bourgongne tenoit encores le Pont à Mousson, à quatre lieues dudict Nancy, ou environ.
Ceulx qui estoient assiegéz estoient ung de la maison de Crouy, appellé mons' de Bièvres!, bon chevallier et honneste. Il avoit gens de pièces‘? : entre les autres ung appellé Colpin, très vaillant homme de petite lignée, et l’amenay ! avec d’autres de la garnyson de Guynes° au service dudict duc. Ledit Colpin avoit environ troys cens Angloys soubz luy en ladicte place, et combien qu'ilz ne fussent point presséz de siège ny d’approches, si leur ennuyoit-il de ce que‘ ledit duc de Bourgongne mectoit tant à les secourir ; et, à la verité, il avoit grant tort qu'il ne s’aprochoit !, car, là où il estoit, c’estoit loing du pays de Lorraine, et n’y povoit plus de riens servir, car il avoit mieulx besoing de deffendre ce qu'il possedoit que de courir sus aux Suysses pour se cuyder venger de son dommaige; mais son obstination luy porta grant perte‘ de ce qu’il ne prenoit conseil que de luy : car, pour
a. d’espies À. — b. l’amené B, faussement interprété là mené par Mie Dupont ; l'amenay P et M. — c. Guyenne P et D, leçon évidemment fautive. — d. il dont ledit P ; de ce dont M. —e. dommaige P.
devant Nancy ; puis, battant en retraite, il recula jusqu’à la Neuville. Par une pointe hardie, il enleva Épinal. De retour à Strasbourg, il y ramassa de nouvelles forces et revint enlever Nancy le 6 octobre. Cf. Pfister, Histoire de Nancy, t. I (1902), p. 414 et suiv.
1. Jean de Rubempré, sire de Bièvres. Sa mère était Jacqueline de Croy.