‹ Mémoires éditésChapitre 177 sur 379 · C'est-à-dire : pour toute sa vie · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : pour toute sa vie

5. Il est aisé de voir que Commynes comprenait autrement que Louis XI la marche à suivre dans le problème soulevé par la succession de Bourgogne. Il n’y a pas encore d'histoire définitive de cette succession. Rossignol, Histoire de la Bourgogne pendant la période monarchique; conquête de Louis XI (Dijon, 1853, in-80), est fort vieilli.

168 LA SUCCESSION DE BOURGOGNE (janvier 1477)

amytié povoit-il ayséement joindre à sa couronne toutes ces grandz seigneuries, ès quelles il ne povoit autrement pretendre nul droit ; et en eust faict ce qu’il eust voulu, et les eust faict condescendre à toutes ses voulentéz soubz l’ombre et condicion dudit mariage, veü le grand desconfort, povreté et debilitation en quoy ces seigneuries estoient®* : par quoy eust bien enforcy son royaume et enrichy par la longue? paix, en quoy il l’eust peü maintenir et l’eust peü soulager en plusieurs façons, et par especial du passaige des gens d’armes, qui incessamment, le temps passé et le temps present, chevauchent d’ung des boutz du royaume! en l’autre, et bien souvent sans grand besoing qu'il en soit.

Vivant encores le duc de Bourgongne, plusieurs fois me parla le roy de ce qu'il feroit si ledict duc venoit à mourir, et parloit en grand raison. Lors disoit® qu'il tascheroit à faire le mariage de son filz, qui est nostre roy à present, et de la fille dudict duc, qui puis a esté duchesse d'Autriche. Et, si elle n’y vouloit entendre (pour ce que mons' le daulphin

a. À et B d’une part, P et M d'autre part donnent deux versions voisines entre elles, maïs assez différentes de celles que nous suivons d'après D. Voici le texte de B. de Mandrot, qui suit P : … par le bout qui luy estoit le plus necessaire. Et, combien que Dieu monstra et ait bien monstré depuis que rigoureusement il vouloit persecuter icelle maison de Bourgongne tant en la personne du seigneur que des subjectz ct en leurs biens, toutesfoiz semble que pour ce le roy nostre maistre ne print les choses par le bout qu'il les debvoit prendre pour venir au dessus et pour joindre toutes les grandes seigneuries à sa couronne ou par bon tiltre ou par mariage : par quoy, pour joindre les seigneuries où il ne pouvoit pretendre nul droict à luy, par vraye et bonne amytié aiséement y povoit faire, veü le grand desconfort et pouvreté et debilitation en quoy ces seigneuries estoient. L'édition de Me Dupont suit les manuscrits À et B, dont la version est proche de celle de P. La leçon de D est de beaucoup la plus claire. — b. longue manque dans D. — c. disans P.

1. En ce qui concerne le fléau des gens de guerre, cf. Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. X, p. 377.

PLACES LIVRÉES AU ROI (février 1477) 169

estoit lors plus jeune que elle!), essayeroit de luy faire espouser quelque jeune seigneur de ce royaulme, pour tenir elle et ses sugbectz en amytié et recouvrer sans debattres ce qu'il pretendoit estre sien. Et encores estoit ledit seigneur en ce propoz le huictiesme jour? avant qu'il sceüst la mort dudit duc. Ce saige propoz, dont je vous parle, luy commença jà ung peu à changer le jour qu'il sceüt ladicte mort et à l'heure qu'il nous despecha, mons' l’admiral dessus nommé et moy?. Toutesfoiz il en parla peu; mais à d’aulcuns fit aulcunes promesses de terres et seigneuries‘.

[CHAPITRE XIII

[LA SUCCESSION DE BOURGOGNE ET LA SUITE DES SAISIES EN PICARDIE ET ARTOIS]

Comme le roy se trouva en chemin, en tirant après nous, luy venoient nouvelles plaisantes de tous costéz. Le chasteau de Han luy fut baïllé et Bouhain. Ceulx de Sainct Quentin se prindrent eulx mesmes et misdrent dedans monsr de Mouy, qui estoit leur voysin. Il estoit bien acertené 1 de la ville de Peronne, que tenoit messire Guillaume Bische, et avoit esperance, par nous et par autres, que mons' des Cordes seroit des siens. Il avoit envoyé à Gand son barbier, appellé maistre

a. debat P. — b. huit jours P. — c. Toute la fin de l'alinéa, depuis et à l'heure qu'il, manque dans D, maïs se trouve partout ailleurs. Nous empruntions notre texte à P.

1. Marie de Bourgogne était alors une jeune fille de dix-neuf ans et le dauphin un enfant de six ans et demi.

2. Allusion à la mission dont il a été question ci-dessus, p. 162.

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