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172 CONSEILS PRUDENTS DE COMMYNES (février 1477)

après!. Car, sans nulle difficulté, si son plaisir eust esté que nostre roy eust continué le propoz qu’il avoit de luy mesmes advisé avant la mort dudict duc?, les guerres qui ont esté depuis et sont* ne fussent point advenues. Mais nous n’estions encores? envers luy, tant d’ung costé que d’autre, dignes de recevoir ceste longue paix ; et de là procède l’erreur que feït nostre roy, et non point de la faulte de son sens, car il estoit bien grand, comme j’ay dit.

Je diz ces choses au long pour monstrer que, au commencement que on veult entreprendre une si grand chose, que on la doit bien consulter et debattre, affin de povoir choisir le meilleur party ; et, par especial, soy recommander à Dieu et luy prier qu'il luy plaise adresser le meilleur chemin ; car de là vient tout : et se voyt par escript et par experience. Je n’entendz point blasmer‘ nostre roy pour dire qu'il eust failly en ceste matière, car, par adventure, autres qui sçavoient et congnoissoient plus que moy seroient et estoient lors de l’advis qu’il estoit, combien que riens n’y fut debattu, ne là ny ailleurs, touchant ladicte matière.

Les croniqueurs{ n’escrivent communement que les choses qui sont à la louenge de ceulx de qui ilz parlent et laissent 4

a. et sont omis par P. — b. nos œuvres P ; non encores M, ce qui n'a aucun sens, ainsi que le remarque R. de Chantelauze. — c. blasphemer 4. Le sens est le même. — d. taisent P et M.

1. C’est par une finalité providentielle que Commynes explique et excuse les erreurs de Louis XI dans cette affaire, erreurs qu'il n’a garde de dissimuler et qu’il démêle avec une sagacité remarquable. Les précautions dont s’entoure la critique serrée de notre auteur proviennent de ce qu’étant « tenu » à Louis XI (cf. notre Introduction, au t. I, p. XVIII), il ne veut pas être accusé d’ingratitude.

2. C'est-à-dire : poursuivre le mariage du futur Charles VIII avec l’héritière de Bourgogne.

3. Commynes veut dire que jamais un conseil en règle n’a été tenu sur la question.

4. Entendez : les auteurs de chroniques officielles (tel Georges Chastellain, indiciaire de Bourgogne).

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DISGRACE MOMENTANÉE DE COMMYNES (février 1477) 173

plusieurs choses ou ne les sçavent pas aucunes fois à la verité'. Et je me delibère de ne parler de chose qui ne soit vraye et que je n’aye veüe ou sceüe de si grans personnaiges qu’ilz sont dignes de croire, sans avoir regard aux louanges. Car il est bon* à penser qu'il n’est nul prince si saige qui ne faille bien? aucunes fois, et bien souvent s’il a longue vie. Et ainsi se trouveroit de leurs faictz, s’il en estoit dit tousjours la verité. Les plus grandz senatz et consulz qui ayent esté ne qui sont ont bien erré et errent bien, comme il est veü‘ et se voyt chascun jour.

Sejourné que eut le roy en ce villaige près Peronne, se

: delibera l’endemain y“ aller faire son entrée, laquelle ville

luy estoit baïillée, comme j’ay dit. Ledit seigneur me tira à part, comme il voulut partir, et m'’envoya en Poictou et

s sur les frontières de Bretaigne ? et me dist en l’oreille que si ix l’entreprise de maistre Olivier ne se conduysoit et que monsr : des Cordes ne se tournast* des siens, qu’il feroit brusler le

pays d’Arthoys en ung endroit, du long de la rivière du Liz, qui se appelle l’Aleue/#, et puis que incontinent s’en retourneroit en Tourayne. Je luy recommanday aucuns, lesquelz s’estoient tournéz de son party par mon moyen‘, par quoy leur avoye promis pensions et biensfaictz de luy. Il en print

a. bien A. — b. bien omis par P.— c. c'est veü P. — d. de y P. — e. trouvast M. — f. la Lenee P. —

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