‹ Mémoires éditésChapitre 210 sur 379 · Marguerite d’York, veuve du Téméraire · texte numérisé non relu

Marguerite d’York, veuve du Téméraire

3. La pensée de Commynes dans ce passage doit s’interpréter ainsi : on pouvait bien appeler pauvre la princesse, non pas tant à cause de la perte de villes importantes (assurément placées sous une forte main, mais que l’on pouvait avoir l'espoir de libérer par quelque arrangement), mais surtout à cause de la tyrannie gantoise à laquelle elle devait se soumettre.

4. Commynes revient ici sur ses idées hostiles à la démocratie flamande. Cf. ci-dessus, p. 191.

204 MAINMISE DE LOUIS XI SUR LA BOURGOGNE (février 1477)

ment en plus grant humilité qu'’ilz font ny ne donnèrent® plus grans dons. Et si sçavent myeulx trouver les personnes auxquelz il fault qu'ilz s'adressent pour conduyre leur accord que nulle autre ville que j’aye jamais congneü.

[2.] Comment en ce mesme temps le roy avoit armée en la duché de Bourgongne, et comme il la conquist par le moyen du prince d'Oranges ?. — Cependant que le roy mectoit les villes et citéz et places dessusdictes ès marches de Pycardie, son armée estoit en Bourgongne, dont estoit chef, quant à l’apparence!, le prince d’Oranges, qui encores règne aujourduy!, natif et subjet de la conté de Bourgongne ; mais assez nouvellement estoit devenu ennemy dudict duc Charles pour la deuxiesme foiz. Aussi le roy s’en ayda, pour ce qu'il estoit grand seigneur, tant en la conté que duché de Bourgongne, et aussi bien apparenté et aymé. Monsr de Craon? estoit lieutenant du roy et avoit la charge de l’armée, et estoit celuy à qui le roy en avoit la fiance ; aussi estoit-il saige homme et seür pour son maistre, mais ung peu trop aymoit son proffit. Cedit seigneur4, approchant de Bourgongne, envoya le prince d'Orange et autres devant Dijon faire les remonstrances necessaires et demander l’obeissance pour le roy : lesquelz y besongnèrent si bien, et principallement par le moyen dudict prince d'Orange, que ladicte ville de Dijon et toutes autres de la duché de Bourgongne se misdrent en l’obeissance du roy, et plusieurs de la conté, comme Aussonne et aucuns autres chasteaulx ‘?.

a. donneront P.— b. Titre en rouge dans D. — c. à la monstre P. — d. Cestuy seigneur de Craon P. — e. P supprime comme et écrit ensuite : Aussonne et quelques autres chasteaux tindrent pour la demoiselle dessusdite. À maintient comme Aussonne et ajoute et quelques autres chasteaulx tindrent pour la demoiselle.

1. Jean de Chalon, prince d'Orange. Il n’était, en effet, que chef nominal de l’armée envoyée par le roi dans les deux Bourgognes ; le chef effectif était Georges de la Trémoille, sire de Craon.

2. Georges de la Trémoille, dont le rôle est défini à la note précédente.

3. On nous permettra de renvoyer, pour les idées générales et

ÉVÉNEMENTS DE BOURGOGNE (février-mars 1477) 205

Audit prince d'Orange fut promys de beaulx estatzet, davantaige, de luy mectre entre les mains toutes les places de ladicte conté de Bourgongne qui estoient de la succession du prince d'Orange, son grant père, dont il avoit question contre messrs de Chasteauguyon, ses oncles !, lesquelz il disoit avoir esté favoriséz par le duc Charles : car leur debat avoit esté plaidoyé devant luy, par plusieurs jours, en grant solemnité et ledit duc, estant fort accompaigné de clercs, donna ung appointement contre ledit prince, au moins comme il disoit ; pour laquelle cause il laissa le service dudit duc et vint devers le roy.

Nonobstant ceste promesse, quant ledit seigneur de Craon se trouva possesseur des choses dessusdictes et qu'il avoit entre ses mains les meilleures places que deüst avoir ledict prince et qui estoient de ceste succession, il ne les voulut baïller audict prince pour nulle requeste qu’il luy en sceüst faire. Si luy en escrivit le roy, et par plusieurs fois, sans nulle fiction. Et congnoissoit bien le roy que ledit seigneur de Craon tenoit de mauvais termes audict prince, mais il craignoit à desplaire audict seigneur de Craon, qui avoit toute la charge dudict pays; et ne cuydoit point que ledict prince eust cueur ny façon de rebailler ? ledict pays de Bourgongne

les références relatives aux événements de Bourgogne à ce moment, à un mémoire antérieur (J. Calmette et H. Drouot, Aperçu du passé historique et artistique de la Bourgogne ; XI : La réunion à la France, dans Dijon et la Côte-d'Or en 1911, 40° Congrès de l'Association française pour l’avancement des sciences, Dijon, 1911, t. II, p. 63 à 67).

1. Il s’agissait de la succession de Louis de Chalon, dont le testament était attaqué par Guillaume, prince d'Orange, fils d’un premier lit, parce qu’il favorisait Louis et Hugue, fils d’un second mariage. Ces deux derniers furent successivement seigneurs de Chasteauguion (cf. notre Index). Sur les procès soulevés entre les enfants de Louis de Chalon, voir Chastellain, Chronique, liv. VI, ch. zxxxviet c, éd. Kervyn, t. V, p. 17 et 65, et Jean de Wavrin, Anciennes chroniques d'Engleterre, 6® partie, liv. VI, ch. x11, éd. de Miie Dupont (Société de l’hist. de France), t. III, p. 36.

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