‹ Mémoires éditésChapitre 215 sur 379 · PRIX DU SAVOIR CHEZ UN PRINCE 211I · texte numérisé non relu

PRIX DU SAVOIR CHEZ UN PRINCE 211I

nous dire! qu’ilz ont guerres et divisions comme nous, et encores plus mecaniquement‘ ; car j’ay sceü en ceste Affrique plusieurs lieux où ilz se vendent les ungs les autres aux crestiens, et appert estre vray par les Portugoys, qui maint esclave ont eu et ont tous les jours’.

Il pourroit doncques sembler que ces divisions fussent necessaires par le monde et que ces esguillons et choses opposites que Dieu a données et ordonnées à chascun Estat et presque à chacune personne que j’ay parlé dessus qu’elles sont aussi necessaires‘. Et, de prime face, en parlant comme homme non litteré4, qui ne veulx tenir oppinion que celle que nous devons tenir, le me semble ainsi, et principallement pour la bestialité de plusieurs princes et aussi pour la mauvaistié d’autres qui ont sens assez et experience, mais 1lz en veulent mal user.

Car ung prince ou homme, de quelque estat que ce soit, ayant force et auctorité par dessus les autres, s’il est bien litteré* et qu'il ayt veü et leü, cela l’amendera ou empirera : car les mauvais empirent de beaucoup sçavoir et les bons en amendent. Mais, toutesfoiz, il est à croire que le sçavoir amende plustost ung homme qu'il ne l’empire/, et n’y eust-il que la honte de congnoistre son mal, si est-ce assez pour le garder de mal faire, au moins d'en faire moins. Et s’il n’est

a. meschamment P, qui a seul cetie leçon, tandis que tous les autres manuscrils coïncident. — b. Le manuscrit D passe sous silence un passage qui, du reste, se présente un peu différemment dans les manuscrits qui le portent et a toute l'apparence d'une interpolation. M écrit : Et par ce moyen je doubte que nous les devons point trop repruser aux Sarrasins et qu’il y a des parties à la: chrestienté qui en font autant; mais ilz sont situés soubz le pouvoir du Turc ou fort voisins, comme en aulcune partie de la Grèce. — c. qui soit nécessaire que en cecy soit P ; qui soit necessaire que cecy soit M.— d.lettré P.— e. s'il est lettré P. — 1. que l’empirer P.

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