ABUS DES TAILLES SOUS LOUIS XI
sont en auctorité et credit sans en riens l’avoir merité, et qui ne sont point propices d’y estre et n’ont accoustumé que de fleureter en l'oreille et parler‘ de choses de peu de valleur et craignent les grandz assemblées, de paour ! qu’ilz ne soyent congneüz et que leurs œuvres ne soyent blasmées.
Lors que je diz, chascun estimoit le royaume estre bien coutant?, tant les grans que les moyens et petiz, pour ce qu'ilz avoient porté et souffert vingt ans et plus de grandes et horribles tailles qui ne furent jamais si grandes à troys millions de francz près?, j'entendz à lever tous les ans. Car jamais le roy Charles VIIe ne leva plus de dix huit cent mil francs pour an, et le roys Loys, son filz, en levoit à l’heure de son trespas quarante sept cens mil francs sans l'artillerie et autres choses semblables. Et seürement c’estoit compassion de veoir et sçavoir la povreté du peuple ; mais ung bien avoit en luy nostre bon maistre, qu'il ne mectoit riens en tresor : il prenoit tout et despendoit tout. Il feit de grans edifices à fortification et deffence des villes et places du royaulme, et plus que tous les roys qui ont esté devant luy. Il donna beaucoup aux eglises. En aucunes‘ choses eust myeulx vallu moins, car il le prenoit des povres pour le donner à ceulx qui n’en avoyent nul besoing. Au fort, en nul n’a mesure parfaicte en ce monde.
Doncques4, ce royaume tant foullé en mainte sorte,
a. parlent 4. — b. contant ou content dans les manuscrits, leçon qui donne un non-sens et exige la correction. Les anciens éditeurs substituent attenué, dont on ne voit pas de justification ; B. de Mandrot maintient : content. — c. chascunes P.— d. dans P.