Cf. ci-dessus, p
2. Soit erreur de copie, soit erreur de millésime de la part de Commynes lui-même, il s’agit ici du mois de mars 1479, nouveau style. Beaucoup d’historiens, trompés par ce texte, ont placé l’attaque d’apoplexie dont il s’agit en 1480. Il suffit de rapprocher la correspondance de mars 1479 et celle de mars 1480 (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. VII, p. 269-275, et t. VIII, p. 153-168) pour se convaincre que le séjour aux Forges est bien de 1479. Commynes revient donc en arrière. À propos de la santé de Louis XI, À. Brachet (Pathologie mentale des rois de France, p. XIX et passim) accuse vivement Commynes d’avoir systématiquement caché cer-
PREMIÈRE ATTAQUE D'APOPLEXIE DE LOUIS XI (Mars 1479) 281
Sur l’heure y arrivastes-vous, monsr de Vienne, qui pour lors estiez son medecin. À la mesme heure luy fust® baïllé ung clistère et feïstes ouvrir ? les fenestres et baïller © l’air ; et incontinent quelque peu de parolle luy revint et du sens, puis monta à cheval et retourna aux Forges ; car ce mal luy print en une petite parroisse, à ung quart de lieue de là, où il estoit allé ouyr la messe!.
Ledit seigneur fut bien pensé?, et faisoit des signes de ce qu’il vouloit dire. Entre les autres choses, demanda l’official de Tours pour se confesser et feït signe qu’on 4 me mandast, car j’estoye allé à Argenton, qui est à quelque dix lieues de là. Quant je arrivay là’, le trouvay à table, et avec luy maistre Adam Fumée, qui autresfois avoit esté medecin du roy Charles, à ceste heure” maistre des requestes. Aussi y estoit ung autre medecin appellé maistre Claude*. Ledict seigneur entendoit bien peu de ce qu’on luy disoit ; mais de douleur il n’en sentoit point. Il me feït signe que je couchasse en sa chambre : il ne formoit guères de motz. Je le servy l’espace de quinze jours à table et à l’entour de sa personne, comme varlet de chambre, que { je tenoye à grand honneur, et y estoye bien tenu“.
a. fustes M, sans doute pour feïstes. — b. ouvert 4.— c. baillé A. — d. que l’on P.—e. me dans D est écrit d'une autre main et après grattage. La leçon est d’ailleurs commune à tous les manuscrits et imposée par le sens. — f. je P. — g. à ces heure que je parle M ; à ceste heure dont je parle P.
taines particularités qui nous sont révélées ailleurs. L’intimité de Commynes avec le roi l’obligeait précisément à ne pas divulguer ce qu’il celait lui-même de sa vie intime ; et si la discrétion de l’auteur est regrettable pour l’histoire, elle est à la fois compréhensible et honorable. Il y a, en effet, un secret professionnel.
1. Forges est un petit château dépendant de la paroisse de Saint- Benoît, canton d’Azai-le-Rideau, arr. de Chinon (Indre-et-Loire).